Grande-Bretagne: enquête

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Grande-Bretagne: enquête après le refus d’un policier musulman de garder l’ambassade d’Israël

LONDRES (AFP) – Le refus d’un officier de police musulman d’être affecté à la garde de l’ambassade d’Israël à Londres a provoqué jeudi une polémique en Grande-Bretagne et contraint Scotland Yard à ordonner une enquête.

Alexander Omar Basha, un jeune musulman membre du Groupe de protection diplomatique de la police de Londres, a demandé à ne pas assurer la garde de l’ambassade israélienne pour des "raisons morales", a révélé jeudi le Sun.

Faisant valoir son opposition aux opérations militaires d’Israël au Liban cet été, M. Basha, dont l’épouse est libanaise et le père syrien, a obtenu de ses supérieurs une nouvelle affectation, a expliqué le quotidien populaire.

Même si le Superintendant Dal Babu, président de l’Association de la police musulmane, parlant au nom de M. Basha, a fait savoir que sa réaffectation tenait seulement à assurer son "bien-être", le chef de la "Met" (surnom donné à Scotland Yard) Sir Ian Blair a annoncé le lancement d’une enquête.
 
La Met a estimé dans un communiqué que cette affaire pourrait "saper la confiance dans la police" et qu’il serait "inacceptable" qu’un officier puisse décider de son affectation. Elle a souligné qu’un policier peut avoir à assurer un devoir "en contradiction avec ses convictions personnelles".M. Babu a affirmé que le passe-droit accordé à M. Basha, qui n’a pas 30 ans et aurait selon le Sun participé à des manifestations contre la guerre, ne tenait pas à des questions politiques ou religieuses.

"Cet officier est du Proche Orient. Il a des parents qui sont musulmans et chrétiens et pour une question de bien-être il a demandé à être posté ailleurs pour une courte période", a-t-il déclaré à la radio BBC Five Live.

M. Babu a ensuite précisé à la radio BBC Four que M. Basha avait requis un transfert, se sentant "mal à l’aise et pas en sécurité" à la garde de l’ambassade pendant le conflit entre Israël et le Hezbollah libanais en juillet et août derniers.

Il ne s’agit pas d’une "question morale", a-t-il répété. "Je pense que nous allons sur une pente très, très glissante si nous commençons à poster les officiers en fonction de leur conscience individuelle", a-t-il cependant admis.

Un porte-parole de Scotland Yard a expliqué qu’une requête spéciale pour un changement d’affectation pour des "raisons morales" pouvait parfois être acceptée, mais que la Met se réservait le droit de poster un officier où elle l’entendait.

"En tant qu’officier de police, votre travail et votre obligation morale sont de faire votre devoir et de protéger les gens", s’est indigné Lord Greville Janner, ancien président du comité des députés de juifs britanniques. "C’est une grave erreur de permettre à un policier de renoncer ainsi à son devoir".

"Si les officiers de police ont des vues politiques, religieuses, idéologiques ou morales sur les choses, et tous en ont, ils doivent mettre leur devoir au-dessus de ça parce que leur service est tourné vers le public", a aussi estimé Lord Brian MacKenzie, ancien chef de l’Association des commissaires de police.

La Met comprend environ 35.000 policiers à temps plein, dont 268 se sont déclarés comme musulmans.
 
Par Cyril BELAUD
 
jeudi 5 octobre 2006, 13h07