ONU: Succession à Annan

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Le Sud-Coréen Ban Ki-moon est prêt à succéder à Kofi Annan
 
Un quatrième vote blanc au Conseil de sécurité a levé, hier soir, la dernière incertitude sur le choix du prochain secrétaire général de l’organisation.  

 
LE MINISTRE des Affaires étrangères de la Corée du Sud, Ban Ki-moon, avait fait la course en tête des trois votes blancs organisés depuis le début de l’été dernier pour dégager le plus vite possible une tendance au sein du Conseil de sécurité et désigner un successeur à Kofi Annan avant la fin de son second mandat, le 31 décembre. Celui d’hier soir a levé la seule véritable incertitude qui subsistait : l’origine de l’unique opposition rencontrée par le favori parmi les quinze membres du Conseil. Le veto d’un membre permanent aurait pu tout remettre en cause.
 
Jeudi dernier, à l’issue du troisième scrutin, Ban Ki-moon était le seul à avoir, avec treize bulletins d’«encouragement», plus des neuf voix nécessaires. Son suivant immédiat, l’Indien Shashi Tharoor, ne comptait que huit «encouragements» pour trois votes de «découragement» et quatre «sans opinion». Le candidat sud-coréen avait perdu une voix (il en avait totalisé quatorze au tour précédent) mais n’avait pas glané de nouvelle opposition.
 
Le quatrième vote blanc, légèrement différent, a mis fin au mini-suspense. Pour les différencier des autres bulletins, ceux des cinq membres permanents étaient de couleur. La disparition de vote négatif parmi ces derniers, de quelque origine qu’il ait été, a permis de sceller la désignation de Ban Ki-moon. Restera alors au Conseil de sécurité à soumettre formellement sa «recommandation» aux 192 Etats membres de l’Assemblée générale, qui devrait l’entériner si la tradition est respectée.
 
Soutien affiché de Washington
 
A 62 ans, le Sud-Coréen a donc toutes les chances de devenir le premier secrétaire général asiatique depuis le Birman U Thant, qui était resté dix ans à la tête de l’ONU, de 1961 à 1971. Washington n’a pas caché son soutien à Ban Ki-moon, un diplomate chevronné qui connaît bien l’ONU pour y avoir été l’ambassadeur de son pays pendant deux ans (de 2001 à 2003) et qui, en tant que ministre des Affaires étrangères, a été au coeur d’un dossier cher aux Américains : le programme nucléaire de la Corée du Nord. Ban Ki-moon s’est peut-être imprudemment prévalu de l’appui des Etats-Unis, dont certains pays, au sein du groupe des «77» non-alignés, le soupçonnent de devenir le jouet.
 
Les Américains sont sensibles à sa volonté affichée de «changer la culture» des Nations unies. Mais le nouveau secrétaire général devra naviguer entre les réformistes, majoritaires chez les Occidentaux, et les pays en développement qui craignent le diktat du Conseil de sécurité.
 
Ban Ki-moon en est conscient et affirme son engagement en faveur des pays pauvres, dont a fait partie la Corée du Sud. A New York, il y a deux semaines, il a participé à la conférence organisée par Jacques Chirac sur le prélèvement d’une taxe sur les billets d’avion pour financer la lutte contre la maladie. En français, dont il prend quatre heures de cours intensifs par semaine, il a dit que son pays serait le premier de l’Asie à soutenir l’initiative française.
 
Par Jean-Louis Turlin
Publié le 03 octobre 2006
 
Le Figaro