Près d’un million de bombes à sous-munitions restent à désamorcer

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Il faudra trente millions de dollars et un peu plus d’un an pour nettoyer le Liban-Sud

 
Près d’un million de bombes à sous-munitions restent à désamorcer
 
Le retour de 200 000 déplacés retardé à cause des engins laissés par Israël
 
Il faudra du temps, l’intervention de professionnels et de donateurs pour venir à bout des bombes à sous-munitions lancées par l’armée israélienne au Liban-Sud. Selon l’armée libanaise et les organismes onusiens présents sur le terrain, la zone méridionale du pays recèle environ un million de bombes à sous-munitions. Jusqu’à présent, depuis la cessation des hostilités entre le Hezbollah et Israël, elles ont fait 14 morts et 90 blessés. Ces chiffres devraient malheureusement aller en augmentant d’ici à la fin de l’année. Selon les estimations onusiennes, environ trente millions de dollars sont nécessaires pour nettoyer le Liban-Sud. Le processus devrait s’achever à la fin de 2007.
C’est sur le thème des bombes à sous-munitions qu’une conférence de presse a été donnée, hier, à la Maison des Nations unies, place Riad el-Solh, et à laquelle ont pris part le colonel Wassim Rizk, du bureau national de lutte contre les mines, Chris Clark, directeur du programme UN MACC (Mine Action Coordination Center), Soha Bsat-Boustany, responsable de l’information à l’Unicef, et Argun Jan, représentant l’UNHCR.
Lors de sa guerre contre le Hezbollah, selon la presse israélienne, l’armée de l’État hébreu a tiré 1 800 roquettes à sous-munitions. Chacune de ces roquettes contient douze obus et chacun de ces obus libère 644 bombes à sous-munitions.
Généralement 20 % de ces bombes n’explosent pas à l’impact, mais au Liban, il semble que 40 % de ces engins mortels n’ont pas explosé.
Si autant de minuscules obus n’ont pas explosé, c’est que, selon les experts, les bombes à sous-munitions utilisées par Israël ne sont pas récentes et datent de plus de trente ans. De plus, pour exploser à l’impact, une petite bombe à sous-munitions doit faire 1 500 ou 2 000 tours sur elle-même. Or, le Liban-Sud ayant un relief accidenté et présentant notamment des montagnes, les bombes ont atteint le sol bien avant d’avoir effectué 1 500 tours.
Rappelons que ces bombes minuscules qui prennent diverses formes et couleurs attirant badauds et enfants (clochettes à rubans, balles de couleur orange ou turquoise, hélices…) ne peuvent être utilisées, selon les conventions internationales, que sur des cibles militaires. Même si aujourd’hui, au Liban-Sud, elles pullulent sur les routes, dans les jardins, les champs agricoles et les maisons. Israël se justifie en affirmant qu’il les a lancées contre des miliciens qui étaient présents dans les endroits ciblés.
Jusqu’à présent, l’armée israélienne n’a pas informé ou remis des cartes aux Nations unies relatives aux endroits ciblés par ces bombes, a indiqué M. Clark, soulignant que, depuis la fin des hostilités, l’armée et la Finul ont pu découvrir et se débarrasser de 40 000 petits obus. Des organismes onusiens, comme le PNUD et l’Unicef, sont également impliqués dans le travail effectué pour sensibiliser les populations à ces bombes. Deux compagnies, l’une suédoise et l’autre britannique, travaillent aussi sur le terrain actuellement.
Soulignant que le nombre d’un million n’est pas exagéré, M. Clark a indiqué qu’il faut compter jusqu’à la fin de 2007 pour que le Liban-Sud soit nettoyé des bombes à sous-munitions.

L’apport de l’Unicef
À L’Orient-Le Jour, il a précisé qu’environ trente millions de dollars sont nécessaires pour désamorcer les bombes à sous-munitions au Liban-Sud. Jusqu’à présent, le Royaume-Uni a fait don de deux millions de dollars. L’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne ont également versé des aides dans ce cadre.
M. Clark s’attend à ce que, d’ici à la fin de l’année, le nombre de victimes des bombes à sous-munitions s’amplifie. Il y aura donc les victimes du retour, de la reconstruction (les bombes qui explosent avec le remblai des décombres) et des travaux dans les champs…
Depuis 2001, le bureau national de lutte contre les mines relevant de l’armée libanaise est présent au Liban-Sud, notamment avec l’importante opération de déminage de la zone méridionale du pays qui avait été lancée à l’initiative de l’ONU et majoritairement financée par les Émirats arabes unis.
Aujourd’hui, pour le nettoyage du sol libanais des bombes à sous-munitions, les mêmes acteurs sont présents à nouveau sur le terrain.
Le colonel Rizk a indiqué que, depuis la cessation des hostilités, 14 personnes sont mortes et 90 autres ont été blessées par les bombes à sous-munitions au Liban-Sud. Les victimes sont âgées de 6 à 71 ans. Il a mis l’accent sur la nouvelle initiative des Émirats arabes unis pour le déminage, les Émiratis ayant actuellement pris en charge le nettoyage des cazas de Nabatiyeh et de Jezzine. Des soldats de ce pays du Golfe sont déjà sur place, et le champ de leur action pourrait s’étendre à d’autres cazas.
De son côté, le représentant de l’UNHCR a indiqué que la présence des bombes à sous-munitions retardera le retour des déplacés. Ils sont au nombre de 200 000, et leur retour, qui devait à l’origine prendre un an, ne sera pas achevé avant 24 mois.
Les agences et organismes onusiens travaillent conjointement pour protéger les populations des bombes à sous-munitions. Dès la cessation des hostilités, l’Unicef a travaillé dans l’urgence pour protéger les habitants – surtout les enfants – du Liban-Sud.
Mme Bsat-Boustany a noté, pour sa part, que parmi les 104 victimes des bombes à sous-munitions, l’on compte deux enfants décédés et 32 blessés. Dès le premier jour du retour des déplacés, l’Unicef a entamé donc son travail pour sensibiliser la population. Ainsi des spots télévisés et radiophoniques ont été diffusés dès le 14 août sur toutes les chaînes libanaises. Dans un premier temps, 100 000 dépliants ont été distribués. Dans ce cadre, pour toucher le plus grand nombre de personnes, l’Unicef a remis ces dépliants à l’armée libanaise qui les a distribués, au niveau des barrages du Sud, aux personnes retournant dans leurs villages.
L’Unicef, qui travaille avec une dizaine d’ONG, a également imprimé des posters qui ont été collés dans les localités bombardées par les bombes à sous-munitions. Que ce soit sur les posters ou les dépliants, les images de toutes les formes que peuvent prendre les bombes à sous-munitions sont reproduites.
Ce mêmes images ont été utilisées sur un autre support. Notant que l’Unicef a distribué déjà deux millions de litres d’eau, soit un million de bouteilles dans les villages sinistrés, et que cette opération se répétera dans les semaines à venir, Mme Bsat-Boustany a expliqué que les bouteilles sont utilisées comme support pour mener la campagne de sensibilisation contre les bombes à sous-munitions : les images reproduisant les diverses formes des bombes ont été imprimées sur les étiquettes collées aux bouteilles d’eau minérale.
De plus, l’Unicef a procédé à la formation de 200 personnes, qui formeront à leur tour d’autres personnes dans 150 villages du Liban-Sud, et qui sont en contact direct et permanent avec les habitants et les enfants de la région. À l’initiative de l’organisme onusien, les enseignants sensibiliseront leurs élèves dès la rentrée scolaire aux bombes à sous-munitions.
Enfin, à Nabatiyeh et à Tyr, l’Unicef a créé des terrains de jeux et des espaces réservés aux enfants. Dans ces endroits, les tout petits, traumatisés par la guerre et empêchés souvent par leurs parents de jouer dans les jardins et les champs – comme ils avaient l’habitude de le faire avant la guerre – de peur des bombes à sous-munitions, trouveront un espace où ils pourront jouer en toute sécurité. C’est que 95 % des enfants guérissent des traumatismes de la guerre tout simplement en jouant.

 
L’article de Patricia KHODER
Mercredi 27 Septembre 2006 | 5:00 | Beyrouth