Francophonie 2006: Lahoud boycotte le sommet selon des médias

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Baabda accuse Chirac d’avoir exercé des pressions sur Basescu, Mitri représentera Siniora à titre personnel à Bucarest
 
Francophonie : Lahoud veut relancer la polémique, Paris passe outre
 
« Le Liban ne sera pas représenté au sommet de la francophonie (Bucarest – 28 et 29 septembre), car il n’y a pas été invité », a affirmé hier le chef de l’État, le général Émile Lahoud, qui a reproché au président roumain Traian Basescu d’avoir cédé aux pressions « exercées directement par le président français Jacques Chirac », et adressé son invitation au sommet au Premier ministre. Or, souligne un communiqué de la présidence, « selon la Constitution libanaise, l’invitation doit être adressée au président de la République ».
À Paris, le porte-parole du Quai d’Orsay a affirmé que les autorités françaises « ne souhaitent pas entrer dans une polémique sur cette question ». De son côté, le porte-parole de la présidence française a nié qu’il y ait eu des pressions sur la Roumanie de la part du président Chirac.
Tout en comprenant les raisons avancées par M. Lahoud, le Premier ministre, qui a conféré avec le chef de l’État hier matin, a décidé de déléguer le ministre de la Culture, Tarek Mitri, au sommet comme son « représentant personnel ». On sait que les besoins du Liban en matière de reconstruction seront évalués à Bucarest.
 
Par Antoine AJOURY et Élie MASBOUNGI
 


 
Mitri représentera à titre personnel Siniora à Bucarest
 
Lahoud : « Le Liban ne participera pas au sommet de la francophonie, car il n’y a pas été invité »
 
Les tiraillements provoqués par la représentation du Liban au prochain sommet de la francophonie, qui doit se tenir les 28 et 29 septembre à Bucarest (Roumanie), ne provoqueront pas de crise interne, mais ont été relancés hier par le chef de l’État Émile Lahoud. C’est ce qui ressort des développements enregistrés hier. Des sources proches de Baabda affirment ainsi qu’un entretien téléphonique a eu lieu hier entre le président Lahoud et le Premier ministre Fouad Siniora. La question aurait été évoquée sur un ton très courtois et le Premier ministre aurait précisé au chef de l’État qu’il a essayé de trouver une issue honorable pour tout le monde, sans y parvenir. Le président Lahoud aurait à son tour expliqué que, selon la Constitution libanaise, l’invitation doit être adressée au président de la République. À ce stade, il ne s’agit plus d’une question de personne, mais de fonction. Le Liban a un président de la République et c’est lui qui doit représenter le pays au sommet de la francophonie, d’autant que Lahoud était lui-même le président du sommet lorsqu’il s’est tenu à Beyrouth en 2002, et que c’est aux autres chefs d’État des pays membres qu’il avait adressé les invitations. Accepter de ne pas être invité à Bucarest équivaudrait pour le chef de l’État à accepter l’annulation de sa fonction.
Ce qui est hors de question. Le Premier ministre aurait alors exprimé sa compréhension de la position du chef de l’État et ce dernier aurait alors annoncé qu’il compte publier un communiqué dans lequel il précisera que le président n’étant pas convié à ce sommet, le Liban n’y sera pas représenté. M. Siniora aurait alors déclaré que le ministre Tarek Mitri se rendra à Bucarest, mais en tant que représentant personnel du Premier ministre.
D’ailleurs, dans un entretien télévisé, le Premier ministre a donné le même son de cloche, précisant qu’il comprend parfaitement la position du chef de l’État. Il a ajouté avoir reçu une invitation à ce sommet, mais qu’il s’est excusé, préférant dépêcher le ministre Tarek Mitri, qui sera son représentant personnel à Bucarest. Siniora a encore déclaré que selon lui, la présence de M. Mitri à ce sommet sera bénéfique pour le Liban.
De fait, la présidence de la République devait publier hier un communiqué pour préciser que « le Liban ne participera pas au sommet de la francophonie car aucune invitation n’a été adressée au président de la République selon les règles en vigueur. La présence d’un quelconque responsable libanais, ajoute le communiqué, quel que soit son niveau, sera à titre personnel et ne représentera pas l’État libanais ». Le communiqué déplore ce qu’il appelle « les pressions subies par le président roumain Traian Basescu et exercées directement par le président français Jacques Chirac ». Ces pressions, ajoute le communiqué, « ont empêché le président roumain d’adresser une invitation au chef de l’État libanais contrairement aux us et coutumes internationaux ».
La Roumanie, affirme encore le communiqué, aurait dû respecter les règles « mais elle est malheureusement soumise à des pressions exercées par le président Chirac qui agit pour des motifs personnels sans prendre en compte les relations libano-françaises qui sont très profondes ».
Le chef de l’État a aussi adressé une lettre au président roumain dans laquelle il lui rappelle que le ministre libanais des Affaires étrangères avait adressé, le 23 juin dernier, une lettre à son homologue roumain pour pousser le pays hôte du XIe sommet de la francophonie « à éviter l’exclusion injuste et personnalisée du Liban à ce sommet ». Dans sa lettre, le chef de l’État rappelle que le Liban figure parmi les pays fondateurs de l’Organisation internationale de la francophonie et que, comme les autres membres, il a adhéré spontanément à cette organisation tout simplement parce qu’il s’identifiait à cette culture et à ces valeurs.
« Aucune autorité, aucune personne, écrit le chef de l’État dans sa lettre, ne peuvent s’accaparer cette culture et ces valeurs. Aucun diktat ne devrait faire dévier cette prestigieuse organisation de sa vocation première, voire aucun tiers-intervenant ne devrait s’enhardir à mettre en péril les relations bilatérales qui unissent nos deux pays, le Liban et la Roumanie, pays hôte qui s’est retrouvé dans une situation équivoque et inhabituelle dans les relations internationales. L’histoire retiendra que le Liban n’a pas été convié au XIe sommet de la francophonie à Bucarest. » Pour cette raison, précise encore la lettre, Lahoud n’assistera pas au sommet et ne s’y fera pas représenter. « Le siège du Liban restera vacant, aucune personne, quel que soit son titre, n’ayant été autorisée par le président de la République à siéger pour le Liban à ce sommet », conclut la lettre.
Selon des sources proches de Baabda, il était nécessaire de clarifier la position du chef de l’État au niveau des instances francophones, mais il était surtout essentiel de ne pas ajouter un dossier conflictuel à la situation interne déjà assez compliquée. Affaire classée donc, pour l’instant du moins…
 


 
L’Élysée dément à nouveau toute pression sur la Roumanie
 
À la veille du départ du président Jacques Chirac pour participer au sommet de la francophonie à Bucarest, la question de l’élimination du président Émile Lahoud de la liste des invités à ce sommet et de son remplacement par le Premier ministre, Fouad Siniora, revient sur le tapis. C’est surtout le cas à Beyrouth, d’ailleurs, plus qu’à Paris, où le Quai d’Orsay et l’Élysée ont démenti vigoureusement les accusations du président Lahoud sur des pressions exercées par la France sur la Roumanie pour l’empêcher de l’inviter à ce sommet.
Le ministère des Affaires étrangères a tout d’abord affirmé par la bouche de son porte-parole, Jean-Baptiste Mattéi, que ce sont les autorités roumaines qui avaient invité le chef du gouvernement libanais à Bucarest et que celui-ci y déléguera le ministre Tarek Mitri en tant que représentant personnel.
« Nous ne souhaitons pas entrer dans une polémique sur cette question puisqu’une invitation a été adressée par les organisateurs du sommet au Premier ministre Fouad Siniora », a ajouté M. Mattéi, qui a précisé que le plus important est que le Liban soit présent à ces assises francophones, même par le biais d’un « représentant personnel, expression utilisée par le côté libanais ».
M. Mattéi a rappelé ensuite que les besoins du Liban en matière de reconstruction seront évalués à Bucarest sur base du rapport établi par l’émissaire de l’OIF, M. Clément Duhaime, envoyé à Beyrouth les 18 et 19 septembre.
L’absence du président Lahoud à Bucarest a également été soulevée hier après-midi à l’Élysée lors d’un « briefing » de presse organisé par le porte-parole de la présidence de la République, Jérôme Bonnafont.
En réponse à une journaliste française qui demandait s’il était vrai que le Liban, pays francophone par excellence, ne serait pas officiellement présent à Bucarest en raison de pressions exercées par le président Chirac, M. Bonnafont a déclaré : « D’abord, le Liban est un pays francophone, sa tradition francophone est très vivace et c’est un membre actif au sein de l’OIF. Il appartient au pays qui exerce la présidence d’inviter au sommet les États membres. Et nous comprenons que la Roumanie a souhaité inviter le Liban dans des formes qui mettent l’action de la francophonie en conformité avec les décisions de l’ONU. Nous comprenons évidemment ce choix. Maintenant, il appartient au gouvernement libanais de décider des modalités précises de sa participation au sommet. »
Le porte-parole de l’Élysée a fermement nié l’existence de pressions exercées par le président Chirac sur la Roumanie pour que le président Émile Lahoud ne soit pas invité au sommet.
Toujours au sujet du Liban mais sur un autre registre, des sources proches de l’Élysée ont souligné l’importance de la présence libanaise à Bucarest, expliquant que le gouvernement de Beyrouth y cherchera et y trouvera probablement des appuis et un ferme soutien après ce qu’il vient de subir.
Ces sources ont ajouté que le Liban est un membre actif de l’OIF et que cela a été illustré par le succès du sommet francophone de Beyrouth en 2002, un succès qui était apparu aux yeux du monde francophone comme un symbole de la reconstruction du Liban. Reconstruction physique avec Beyrouth comme exemple et reconstruction politique. Pour l’Élysée, pour la France et pour la communauté francophone en général, ont expliqué ces sources, ce qui s’est passé récemment au Liban a été vécu très douloureusement et chacun tient à manifester sa solidarité et son soutien au pays du Cèdre.
Un haut responsable de l’Élysée a laissé entendre de son côté qu’au cours du sommet de Bucarest, l’OIF adoptera un programme de soutien à la reconstruction du Liban et invitera ses membres à participer à cet effort de reconstruction.
Sur le plan politique, a poursuivi ce responsable qui accompagnera Jacques Chirac au sommet, le président français pourra communiquer à ses homologues les actions et réflexions qui ont conduit la France à appuyer l’adoption de la résolution 1701. Il leur expliquera le processus de règlement politique par lequel on espère aboutir à un règlement durable entre le Liban et Israël par la restauration de la pleine souveraineté du gouvernement libanais sur l’ensemble du territoire avec l’appui de la Finul renforcée et par le processus politique confié au secrétaire général.
 
PARIS, d’Élie MASBOUNGI

 
Mercredi 27 Septembre 2006 | 5:00 | Beyrouth