Geagea et Nadim Gemayel galvanisent la foule à la messe en mémoire de Bachir

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Le fils du président assassiné critique Lahoud et l’unilatéralisme du Hezbollah
 
 
Geagea et Nadim Gemayel galvanisent la foule à la messe en mémoire de Bachir
 
 
Une foule galvanisée. Des feux d’artifice qu’on brûle en plein jour. Une pluie de riz et de pétales de roses. Des tonnerres d’applaudissements. Achrafieh a réservé hier un accueil triomphal à un homme qui a passé onze ans dans une cellule individuelle. L’occasion s’y prêtait, ces gestes se répétant immuablement depuis probablement la première messe célébrée pour commémorer l’assassinat du président élu Béchir Gemayel et ses compagnons, le 14 septembre 1982. Mais hier la présence, pour la première fois depuis longtemps, du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, à l’office religieux et sa participation à la marche traditionnelle jusqu’au lieu de l’assassinat a électrisé une foule de partisans déjà acquise, présente chaque année avec ses mêmes slogans, portraits et drapeaux à cette commémoration. Cette même foule, comme tous les 14 septembre, a acclamé la famille de Béchir Gemayel et son fils Nadim, qui a prononcé hier sur le parvis de l’église un discours en arabe littéraire pour donner probablement plus de poids aux idées politiques qu’il avançait. Nadim Béchir Gemayel a indiqué que « la présence du président de la République, dont la légitimité est contestée, à la tête de l’État constitue le principal facteur d’affaiblissement des chrétiens ». Il a aussi souligné que « les règles de la convivialité ne permettent pas à une communauté ou à un parti de décider seul du sort du Liban en prenant unilatéralement la décision de la guerre et de la paix ».« Ni cette guerre ni cette paix ne sont les nôtres », a-t-il dit.

Plusieurs milliers de personnes – parmi eux beaucoup de jeunes âgés de moins de 24 ans – ont participé hier à la 24e commémoration de l’assassinat du président élu, Béchir Gemayel, et ses compagnons, lors d’une messe célébrée en la basilique de la Médaille miraculeuse des pères lazaristes, à Achrafieh. Dès le début de l’après-midi, les partisans FL et Kataëb, venus de plusieurs régions du pays notamment du Chouf, du Metn, du Kesrouan, du Batroun et de la Békaa-Ouest, ont commencé à affluer à Achrafieh, les étudiants phalangistes se donnant, eux, rendez-vous à Saïfi.

Des convois de voitures dont les occupants arboraient les drapeaux FL et Kataëb ainsi que les portraits de Béchir Gemayel et Samir Geagea ont sillonné la place Sassine, diffusant des discours du président assassiné ou des chants partisans à fond la caisse.
Comme chaque année, les magasins et les restaurants de la place Sassine ont baissé leur rideau le temps de la messe.
Sur le parvis de l’église, avant l’arrivée des personnalités, une sorte de cacophonie régnait parmi les jeunes partisans présents : on acclamait, pêle-mêle, Samir Geagea, Amine Gemayel et Béchir Gemayel « vivant en nous »…
Il y avait aussi des partisans à peine sortis de l’adolescence qui scandaient des slogans appartenant aux années soixante-dix : « Seules les Forces libanaises peuvent protéger l’est (de Beyrouth). »
Hier la foule était un peu plus nombreuse que les années précédentes, et les voitures des personnalités avaient du mal à se frayer un chemin sur le macadam.

Comme à l’accoutumée, cette foule a applaudi l’arrivée de l’ancien président de la République, Amine Gemayel, et de son épouse Joyce et ovationné la députée de Beyrouth Solange Béchir Gemayel et ses enfants, Youmna et Nadim (qui a précédé sa mère et sa sœur à l’église).
Cependant hier, contrairement à l’habitude, des gendarmes et des policiers étaient postés sur les toits des immeubles d’Achrafieh et des jeeps des forces spéciales des FSI étaient discrètement stationnées non loin de l’église et de la place Sassine.
Toujours avant la messe, alors que des personnalités arrivaient à pied, des jeeps ont fendu la foule, stationnant à quelques marches de l’entrée de l’église. Samir Geagea va assister à la messe. Les partisans sont en liesse. Ils saluent son arrivée avec des applaudissements, des slogans et des drapeaux qui s’agitent. Geagea, qui vient de descendre de l’un des véhicules, est pâle et tendu. Il a le sourire crispé. Il salue à peine la foule. Monte les escaliers précipitamment.
Qu’importe, la foule est galvanisée et les acclamations et les applaudissements se propagent comme une onde de l’extérieur à l’intérieur de la basilique.
La messe est célébrée par l’évêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar, qui évoque dans son homélie les 21 jours qui ont suivi l’élection de Béchir Gemayel à la présidence de la République.
Étaient notamment présents à l’office religieux les ministres Nayla Moawad, Michel Pharaon et Pierre Gemayel, le député Akram Chéhayeb représentant le chef du PSP, Walid Joumblatt, l’ancien député Ghattas Khoury représentant le chef du Courant du futur, Saad Hariri, les députés Georges Adwan, Atef Majdalani, Hagop Pakradounian, Antoine Ghanem, Henri Hélou et Pierre Daccache, le président de la Ligue maronite et ancien ministre Michel Eddé, le chef des Kataëb, Karim Pakradouni, l’ancien candidat aux élections de Beyrouth, Massoud Achkar, et l’ancien candidat aux élections du Metn, Selman Samaha.

 
« Cette guerre n’est pas la nôtre »
À la fin de l’office religieux, Nadim Gemayel prononce son discours devant une foule qui hue la Syrie, l’Iran, le Hezbollah, le président de la République, Émile Lahoud, et le chef du CPL, Michel Aoun.
Nadim Gemayel a repris le slogan de son père, « le Liban en premier », indiquant que « nous ne voulons pas être victimes des conflits régionaux et internationaux. Nous avons assez des guerres des autres sur notre territoire et des batailles livrées pour les autres ».
Il a affirmé que la guerre (de juillet 2006) se poursuivra sous d’autres formes tant qu’une solution radicale n’est pas trouvée aux causes qui l’ont déclenchée, notant que « les bases de la convivialité ne permettent pas qu’une communauté ou qu’un parti décide unilatéralement du sort du Liban et prend seul la décision de la guerre et de la paix ». « Ni cette guerre ni cette paix ne sont les nôtres », a-t-il dit.
Notant que des choses cruciales se décident sans que les chrétiens n’aient leur mot à dire alors qu’ils ont toujours défendu le Liban, il a affirmé que « la présence du président de la République, dont la légitimité est contestée, à la tête de l’État constitue le principal facteur ayant affaibli les chrétiens ».
« Il est inadmissible que quelqu’un au Liban brandisse un drapeau qui ne soit pas celui du pays ou qu’il fasse allégeance à un État qui ne soit pas l’État libanais », a-t-il noté, soulignant que les chrétiens devraient être les partenaires de tous les musulmans libanais. Il a enfin appelé les leaders chrétiens à se réunir autour d’une même table afin de redonner confiance aux chrétiens du Liban.
Le message de Nadim Gemayel a été suivi par des extraits d’un discours du président assassiné et des chants partisans. Peu après, Samir Geagea, entouré de la députée de Beyrouth et de sa fille Youmna, et Georges Adwan sont sortis de l’église, provoquant les acclamations de la foule. Le petit groupe s’avance. Geagea s’arrête, demande : « Où est Nadim ? » et attend que le jeune homme sorte de l’église et le rejoigne.
Il faut une dizaine de minutes pour que le groupe quitte l’église et s’engage dans la rue menant à la place Sassine. On se bouscule. Tout le monde veut s’approcher pour voir le chef des FL de plus près, l’acclamer en l’interpellant ou en agitant un drapeau. Les gens courent, se précipitent sur les trottoirs ou grimpent sur des blocs en béton. Certains font exploser en plein jour des feux d’artifice.
Samir Geagea est de loin plus détendu qu’à son arrivée à Achrafieh. Il salue la foule. Il sourit en suivant du regard un drapeau ou en tournant la tête pour distinguer le visage d’une voix l’appelant « Hakim ».
Au rythme des applaudissements, la marche s’est poursuivie jusqu’au siège du parti Kataëb à Achrafieh, lieu de l’attentat, où, comme chaque année, des couronnes de fleurs et des roses ont été déposées.

 
 
Reportage de Patricia KHODER