Cri du premier ministre libanais

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Appel poignant de Siniora aux ambassadeurs : « Nous avons choisi de vivre, ne nous laissez pas tomber »

 

C’est une fois de plus un appel émouvant que le Premier ministre Fouad Siniora a lancé à la communauté internationale, l’appelant à « ne pas laisser tomber le Liban », qui a une fois de plus « choisi de vivre » malgré la mort, le chaos et la destruction.
M. Siniora, qui s’exprimait dans le cadre d’une conférence de presse au Sérail devant le corps diplomatique et les ambassadeurs, a solennellement demandé un « cessez-le-feu immédiat », une « aide humanitaire urgente » et s’est engagé à faire payer à Israël les « dommages » au Liban, dans une allocution devant le corps diplomatique et le gouvernement.
« Nous réclamons un cessez-le-feu immédiat, la levée du blocus du Liban et une aide humanitaire urgente » de la part de la communauté internationale, a-t-il déclaré, s’exprimant en anglais.
« J’ai assemblé les corps diplomatiques au Liban aujourd’hui pour lancer un appel pressant à la communauté internationale en faveur d’un cessez-le-feu humanitaire immédiat et d’aide à mon pays ravagé par la guerre. Vous vous rendez tous compte que sept jours continus d’escalade israélienne ont eu pour conséquence des pertes incommensurables : le bilan en termes de vies humaines a atteint des proportions tragiques : plus de 1 000 blessés et 300 tués jusqu’ici ; plus d’un demi-million de personnes déplacées ; dans quelques secteurs, les hôpitaux ont été paralysés et ne peuvent pas suivre les événements ; il y a des manques de nourriture et d’approvisionnements médicaux ; des maisons, des usines et des entrepôts ont été complètement détruits ; des équipements de l’ONU à Maroun el-Ras et Naqoura ont été frappés, ainsi que des casernes de l’armée et des forces mixtes de sécurité ; une unité de la Défense civile a été annihilée et les étrangers sont en train d’être évacués. Alors que je m’exprime, le traumatisme, le désespoir, la peine, les massacres et la destruction quotidiens se poursuivent indéfiniment. Le pays a été mis en lambeaux », a indiqué M. Siniora dans sa poignante allocution.
« La valeur d’une vie humaine au Liban est-elle moindre que celle des citoyens d’autres pays ? La communauté internationale peut-elle se tenir à l’écart tandis qu’un tel châtiment nous est infligé par Israël ? Permettrez-vous que les civils innocents, les églises, les mosquées, les orphelinats, les approvisionnements médicaux convoyés par la Croix-Rouge (…), les maisons et les villages soient les victimes de cette guerre effroyable ? Est-ce là ce que la communauté internationale appelle l’autodéfense ? Est-ce là le prix que nous payons parce que nous aspirons à la reconstruction de nos institutions démocratiques ? Est-ce là le message à adresser au pays de la diversité, de la liberté et de la tolérance ? » a-t-il poursuivi.
« Pas plus loin que l’année dernière, les Libanais ont rempli les rues avec espoir et avec des bannières rouges, vertes et blanches pour hurler : Le Liban mérite la vie ! Quel genre de vie nous est offerte maintenant ? Une vie faite de destruction, de désespoir, de déplacement, de dépossession et de mort. Quel genre d’avenir peut provenir de la blocaille ? Un avenir fait de crainte, d’anéantissement, de ruine financière et de fanatisme. Je vous assure que nous n’épargnerons aucun moyen pour faire payer à Israël des compensations pour la destruction barbare qu’il a infligée et continue à nous infliger, même si nous savons bien que la vie humaine est irremplaçable. Voulez-vous soutenir le gouvernement du Liban ? Laissez-moi vous dire qu’aucun gouvernement ne peut survivre sur les ruines d’une nation », a souligné M. Siniora.
« Au nom du peuple du Liban, de Beyrouth, Baalbeck et Byblos, Tyr, Sidon et Cana, au nom de chacun des 21 villages à la frontière, déclarés zone interdite d’accès par Israël et au nom de Tripoli et de Zahlé, je vous invite à répondre immédiatement, sans réserves ou hésitation, à cet appel à un cessez-le-feu immédiat, à une levée du siège, et à l’octroi d’une aide humanitaire internationale pressante à notre pays frappé par la guerre. Je voudrais également remercier les organsiations internationales et les pays amis qui ont déjà accrû leur aide. Je voudrais également remercier ceux qui se préparent à faire ainsi. Nous, Libanais, voulons la vie. Nous avons choisi la vie. Nous refusons de mourir. Notre choix est clair. Nous avons survécu aux guerres et à la destruction à travers les âges. Nous le ferons encore et encore. J’espère que vous ne nous laisserez pas tomber », a-t-il conclu.

Au « Figaro »
Dans un entretien accordé au Figaro à paraître aujourd’hui, M. Siniora a accusé Israël de mener le Liban « en enfer » en bombardant les infrastructures et les civils tout en n’infligeant « pratiquement aucun dommage au Hezbollah ».
Il a de nouveau appelé à un « cessez-le-feu immédiat et général ». « C’est le plus urgent pour permettre la création d’un couloir humanitaire afin d’acheminer des médicaments et de la nourriture aux populations du Liban-Sud, qui sont coupées du reste du pays », explique-t-il. « J’approuve les efforts en ce domaine du président Chirac », a-t-il ajouté.
« Depuis une semaine, Israël a ouvert sur le Liban les portes de la folie et nous mène en enfer », accuse M. Siniora. « Par une réaction complètement disproportionnée, ils ont détruit le Liban, découpant le pays en morceaux. Ils détruisent les ponts, les infrastructures. Ils commettent des crimes inimaginables. Israël se dit souvent victime du terrorisme. Mais depuis une semaine, c’est Israël qui pratique un terrorisme d’État », déclare le Premier ministre. « Les Israéliens n’infligent pratiquement aucun dommage au Hezbollah (…). Ils infligent des pertes aux civils libanais », a-t-il poursuivi.
Le Hezbollah a mis le Liban « dans un bourbier » et « nous nous désolidarisons complètement de cette prise d’otages », a aussi déclaré le Premier ministre.
Interrogé sur le déploiement d’une force internationale au Liban-Sud, M. Siniora explique n’avoir « rien eu de concret entre les mains ».
« Nous ne sommes prêts à l’envisager que dans le cadre d’un paquet global de mesures pour régler la crise. Une force internationale seule pour créer une zone tampon entre Israël et le Liban ne résoudra pas durablement la crise », a-t-il ajouté.

 

Source: L’ORIENT LE JOUR