Radieux, le sourire du retour

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Radieux, le sourire du retour…

 
Le Liban a réservé un véritable accueil d’héroïne à May Chidiac, qui est rentrée hier à Beyrouth à l’issue de plusieurs mois de traitement à Paris. Tout sourire, May Chidiac est apparue radieuse à son arrivée à l’aéroport (photo), où une cérémonie a été organisée en son honneur.
 
Médias – La journaliste de la LBC regagne Beyrouth après des mois de traitement à Paris
Un accueil d’héroïne pour May Chidiac, qui promet d’être « la voix des martyrs »
 
À sa descente d’avion, elle arborait un large sourire et était toute de rose vêtue. Pour son premier rendez-vous avec sa terre natale depuis des mois – des mois de traitement et de souffrances – May Chidiac est apparue radieuse, émue et émouvante, grandie par l’épreuve. L’accueil d’héroïne qu’ont réservé officiels et public à la journaliste de la LBC, victime d’un attentat le 25 septembre 2005 qui lui a coûté un bras et une jambe, illustre bien sa place parmi les combattants pour la liberté. La chaleur des accolades de ses nombreux amis et admirateurs témoigne de la joie qui accompagne cette véritable renaissance, celle qu’on ne pourrait mieux exprimer que par une comparaison qu’elle a elle-même évoquée : « Tel un phénix renaissant de ses cendres. » Et puis cette foi, qui transparaît dans ses propos, et qui lui a fait prendre dès hier le chemin de Annaya, où se trouve le couvent Saint-Charbel, à qui elle a consacré sa première visite depuis son retour.
L’avion privé du prince al-Walid ben Talal, le même qui avait emmené May Chidiac à Paris, quelque huit mois plus tôt, pour y subir un traitement de longue durée, a atterri à 17h à l’aéroport. Plusieurs personnalités se trouvaient déjà sur la piste : le ministre Ghazi Aridi, représentant le Premier ministre Fouad Siniora, les ministres Nayla Moawad, Joe Sarkis, Marwan Hamadé et Ahmad Fatfat, les députés Sethrida Geagea, Solange Gemayel et Georges Adwane, ainsi que le PDG de la LBC, Pierre Daher, et la vice-présidente de la Fondation al-Walid ben Talal, Leila el-Solh. Tous sont montés l’accueillir à bord de l’avion, avant qu’elle ne descende elle-même, s’appuyant sur une canne et affichant un sourire radieux, accompagnée de ses deux sœurs et de proches. Au bas de l’escalier, le ministre Élias Murr, victime lui-même, ainsi que Marwan Hamadé, de tentatives d’assassinat l’année dernière, lui a présenté ses vœux. Se déplaçant vers les journalistes qui ont crié son nom et lui ont souhaité un bon retour, May les a salués de la main et leur a même envoyé un baiser, se prêtant avec bonne humeur à cette séance de photos improvisée.
Le salon d’honneur où devait se tenir la cérémonie de bienvenue à May Chidiac était plein à craquer : de nombreux ministres, députés et anciens députés, des personnalités sociales, de très nombreux journalistes de tous les médias, et des étudiants avec, à leur tête, le chef de la section estudiantine des Forces libanaises (FL), Daniel Spiro. Dès l’entrée de la journaliste dans la salle, les applaudissements ont retenti, et il a fallu un effort des organisateurs pour dégager quelque peu l’espace autour d’elle et de ses proches.
La rencontre de May Chidiac avec la veuve de Gebran Tuéni, Siham, et ses deux filles jumelles à la porte du salon d’honneur était particulièrement émouvante, ainsi que la longue accolade avec les deux filles aînées du député et PDG d’an-Nahar assassiné le 12 décembre dernier, Nayla et Michelle. Gisèle Khoury, veuve du journaliste martyr Samir Kassir, était également venue serrer la main de May Chidiac. À noter également la présence de l’équipe de la Croix-Rouge qui avait transporté la journaliste blessée à l’hôpital en ce funeste dimanche, et qui est venue hier la saluer et lui offrir un bouquet de fleurs.

Tristesse et amertume
Les mots qui ont été prononcés hier ont tourné natuellement autour de la liberté d’expression, pour laquelle tant de personnes ont été visées par les attentats de l’année dernière, dont May Chidiac, et les noms des martyrs et des « martyrs vivants » ont souvent été évoqués. M. Daher a rappelé qu’au lendemain de l’explosion, il avait déclaré que son institution ne se laisserait ni intimider ni terroriser, et que celle-ci « continuerait à commettre davantage de liberté ». « En ces temps de pacte d’honneur, a-t-il poursuivi, nous rappelons, à la LBC, que nous avons conclu un pacte constant et tacite avec la vérité et la liberté, dans un pays où l’on nous accuse d’être libres. Il est impensable que recouvrer la libre décision ne s’accompagne pas d’un retour à la liberté d’expression. »
M. Aridi a, pour sa part, rendu un vibrant hommage à May Chidiac, à son sacrifice et à sa force de caractère. Il a rappelé que les attentats contre les journalistes se sont multipliés au fil des années au Liban, et que les assassins pensaient à chaque fois tuer l’âme du pays, sans succès, puisque « personne ne peut anéantir la liberté, la démocratie ou la diversité au Liban et nous sommes prêts à beaucoup de sacrifices pour préserver notre système démocratique unique dans la région ». S’adressant à May Chidiac, M. Aridi lui a promis, « en mon nom et au nom de tous mes collègues, de rester attachés à la liberté, et de demeurer fidèles à chaque goutte du sang des martyrs versée, et à chaque moment de souffrance que tu as vécu. »
C’est d’une voix ferme mais émue que May Chidiac a prononcé son mot, empreint d’optimisme mais teinté d’amertume dès qu’elle évoque la situation politique ou le fait que ses assassins courent toujours. Elle a promis d’être « la voix des martyrs, moi qui étais un projet de martyr, la voix des désespérés, parce que l’espoir existe, ce que prouve ma présence parmi vous ».
« Mais je ressens de la tristesse et des reproches, poursuit-elle. Je suis triste parce que nous n’avons pas su exploiter la solidarité internationale qui, peut-être, ne durera pas indéfiniment, alors que nous continuons à tout reporter à plus tard. Quant à moi, je n’ai pas retardé ma révolte contre l’amère réalité. (…) Je ressens de l’amertume parce que les grandes décisions n’ont pas été prises, et parce que les assassins courent toujours, satisfaits de leurs crimes. Je ressens de l’amertume parce que je n’arrive pas à leur pardonner, convaincue qu’ils savaient ce qu’ils faisaient. »
May Chidiac a exprimé son impatience de retrouver son public, « celui-là même qui a allumé les bougies sur les places et qui a longuement prié ». Elle lui a donné rendez-vous pour « très bientôt » à la télévision.
Après la cérémonie, May Chidiac s’est rendue à Annaya, Jbeil, au couvent Saint-Charbel, où l’attendait un accueil populaire chaleureux. S’y trouvait également Samir Geagea, chef des FL, à qui elle avait rendu hommage dans son allocution à l’aéroport. Une messe a été célébrée dans l’église du couvent.

 
L’article de Suzanne Baaklini