Assassinat de Hariri : Assad interrogé par l’ONU

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Assasinat de Hariri: Assad interrogé par l’ONU

 
Georges MALBRUNOT
26 avril 2006, (Rubrique International)

 

Serge Brammertz, le chef de la Commission d’enquête onusienne sur l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, s’est rendu hier à Damas, où il s’est entretenu, pour la première fois, avec le président Bachar al-Assad. Le successeur de l’Allemand Detlev Mehlis (qui a démissionné en janvier) réclame la coopération de la Syrie, montrée du doigt dans les précédents rapports établis par la commission d’enquête.

 
 

DISCRÉTION maximale. C’est la consigne qu’ont reçue de Serge Brammertz « les Guépards », l’unité d’élite des Forces libanaises de sécurité intérieure, chargées de protéger le chef de la Commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri. Le magistrat belge se trouve depuis hier à Damas pour des entretiens avec des responsables syriens. Il a pu s’entretenir, c’est une grande première, avec le président Bachar al-Assad, ainsi qu’avec le vice-président Farouk al-Chareh. Mais rien n’a filtré des discussions. Depuis qu’il a succédé en janvier au juge allemand Detlev Mehlis, le procureur belge conserve le mutisme sur le déroulement de son enquête.

 

« Brammertz, c’est l’anti-Mehlis », constatent des observateurs à Beyrouth. Finies les sorties en ville et les fuites distillées aux politiciens libanais qui en faisaient des gorges chaudes. Brammertz a non seulement changé de style mais aussi de méthode. « Je n’ai pas à citer des noms, mais à démonter un mécanisme », a-t-il confié à l’un de ses rares interlocuteurs. Une critique à peine voilée de son prédécesseur, qui avait nommé plusieurs responsables syriens dès son premier rapport, fin octobre.

 

Brammertz a tiré les leçons des erreurs de Mehlis, qui avait bâti son investigation sur des témoignages. Sans aide des enquêteurs libanais, il dépendait trop du clan Hariri, qui l’aurait « abusé ». Brammertz et ses limiers se fondent d’abord sur la technique pour analyser des explosifs, des écoutes téléphoniques ou expertiser des restes d’ADN. Les experts de l’ONU travailleraient plus particulièrement autour de trois axes : l’itinéraire de la Mitsubishi blanche qui s’est jetée contre le convoi de Hariri le 14 février 2005, la piste Abou Adas, ce réfugié palestinien qui s’est accusé de l’attentat et qui a disparu après le crime, et la manipulation d’Houssam Houssam, le « témoin masqué » qui accuse le clan Hariri de l’avoir incité à mentir devant le juge pour accuser les dirigeants syriens.

 

Dossier d’instruction « inattaquable »

 

Malgré les difficultés, l’équipe d’enquêteurs a relu les milliers de pages du dossier, ouvert de nouvelles pistes, éliminé d’autres. « Nous avons approfondi notre compréhension du crime, de ses circonstances et de son mode opératoire », écrivait Brammertz dans son premier rapport intermédiaire, mi-mars. « Cela ressemble à une vraie enquête antiterroriste, analyse un expert étranger. Mais il est arrivé un an après les faits, c’est un peu tard. » Sur la centaine de collaborateurs de Mehlis, une vingtaine seulement est restée après son départ. « Pas facile de recruter des experts pour une mission qui doit durer six mois », reconnaît un policier libanais, qui se félicite de constater que Brammertz est entouré de spécialistes du monde arabe. « Ce sera plus difficile de le piéger », poursuit Karim Pakradouni, responsable des Kataeb, les Phalanges chrétiennes.

 

A deux mois de la fin de son premier mandat, une course contre la montre est engagée. D’ici là, le Liban souhaite la constitution d’un Tribunal international et la nomination par l’ONU d’un procureur général pour juger les assassins de Hariri. Cela éviterait de désigner pour la troisième fois un chef à la commission d’enquête, dans la mesure où Brammertz ne souhaite pas rempiler. Une plus grande coopération syrienne est donc indispensable. En attendant, Brammertz cherche à construire un dossier d’instruction « inattaquable », afin que les inculpés ne puissent pas être innocentés devant le futur tribunal international. Pour l’heure, quatre anciens généraux libanais pro syriens sont en prison à Beyrouth, mais ils n’auraient rien dit de probant aux enquêteurs. Il faudra du temps avant que ce tribunal international, qui pourrait être installé à Chypre, rende son jugement. Un an, voire deux, prédisent la plupart des observateurs, qui rappellent les atermoiements du Tribunal pénal international chargé de juger Slobodan Milosevic ou ceux du Tribunal pénal pour le Rwanda. Gagner du temps, c’est justement ce qu’espère la Syrie.

 
Source: Le Figaro