Le Sri Lanka au bord de la guerre

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ASIE du sud Des milliers de Tamouls ont fui le nord-est de l’île pour échapper aux bombardements

 
 
 

Le Sri Lanka au bord de la guerre

 

À DEUX DOIGTS de la guerre, de plus en plus loin de la paix en tout cas, le Sri Lanka revit les heures les plus sombres de son histoire. Au grand dam de la communauté internationale, qui se penchera, aujourd’hui à Oslo, au chevet de l’île, défigurée par un conflit interethnique vieux de plus de vingt ans, qui a fait près de 65 000 morts. Sans compter les milliers de déplacés. Les Cinghalais et les musulmans, qui ont dû fuir les zones sous contrôle des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) ; les Tamouls, contraints d’échapper aux représailles des Cinghalais.

 

Au cours des dernières quarante-huit heures, des milliers de Tamouls ont quitté leurs villages, au nord-est de l’île. Ils redoutaient de nouveaux bombardements, en riposte à l’attentat-suicide qui a failli coûter la vie, mardi, à Sarath Fonseka, le chef de l’armée sri-lankaise, au QG militaire de Colombo. Ils craignaient aussi des actes de vengeance de la communauté cinghalaise.

 

Mardi, les obus se sont abattus sur Trincomalee, sur la côte est du Sri Lanka, une zone militairement très sensible, largement contrôlée par les Tigres. Les offensives aériennes s’étaient arrêtées hier, mais nombre de villageois continuaient de céder à la panique, se réfugiant jusque dans la jungle. «Plus de 40 000 personnes ont été déplacées, devenant de misérables réfugiés», a aussitôt dénoncé le LTTE. Un chiffre difficile à vérifier, selon Lyndon Jeffels, le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR). «Nous n’avons pas accès à la zone. Mais il semble qu’il y ait eu un déplacement de population très important à la suite des frappes aériennes», a-t-il indiqué.

 

Les observateurs restent optimistes

 

Si la trêve, entrée en vigueur en février 2002, n’a pas officiellement volé en éclats, elle n’en est pas loin. Le LTTE et Colombo s’en renvoient la responsabilité. Depuis le début de l’année, les Tigres ont multiplié les attaques contre l’armée, mettant à l’épreuve le nouvel exécutif sri-lankais. A l’automne 2005, le LTTE avait pourtant largement contribué à l’élection à la présidence de Mahinda Rajapakse, un nationaliste de gauche, hostile à toute indépendance, voire à une large autonomie des territoires sous contrôle du LTTE. Les Tigres avaient appelé les Tamouls à boycotter le scrutin, ne laissant aucune chance à Ranil Wickremesinghe, l’artisan de la paix. Une tactique du LTTE pour se concilier les bonnes grâces de la communauté internationale, se posant en victime d’un gouvernement ultranationaliste, avaient estimé nombre d’analystes.

 

Malgré l’escalade, la plupart des observateurs restent optimistes. «Cela est très loin de ce que le Sri Lanka a vécu pendant la guerre, lorsque mille personnes étaient tuées chaque semaine. Aujourd’hui, il ne s’agit pas vraiment de guerre», estime le Norvégien Erik Solheim, le principal médiateur entre le LTTE et Colombo. Enfin, les principaux pays donateurs au Sri Lanka (Etats-Unis, Union européenne, Japon et Norvège) tenteront, aujourd’hui à Oslo, de trouver une issue de secours au processus de paix de plus en plus mis à mal au Sri Lanka.

 

 

Marie-France Calle

28 avril 2006, (Rubrique International)
 
Source: Le Figaro