Médiation CDF – CPL

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La polémique entre les deux formations a atteint son climax durant le week-end écoulé

La médiation de Berry entre le Courant du futur et le CPL a réussi, selon les sources de Aïn el-Tiné

 

Les sources proches du président de la Chambre se veulent très claires : la médiation entamée par Nabih Berry entre le Courant du futur (CDF) et le CPL a « réussi ». Le n° 2 de l’État a ainsi multiplié ses contacts avec les députés Saad Hariri et Michel Aoun, et il a reçu un émissaire de ce dernier, Gebran Bassil, le tout dans le but de mettre fin à la polémique et calmer la situation en préparation à la reprise du dialogue, vendredi.
Cette polémique, qui dure depuis une semaine, s’était effectivement amplifiée au cours de ce week-end pascal et ramifiée, puisqu’elle a opposé aussi le camp aouniste à la ministre des Affaires sociales, Nayla Moawad, et son fils Michel. Ainsi, samedi, le Courant du futur a répondu à Michel Aoun, qui s’était exprimé la veille à partir de Bkerké et avait tiré à boulets rouges contre lui et contre son chef, Saad Hariri. Pour le CDF, c’est l’ancien PM qui « méprise l’opinion publique en refusant l’existence d’autres candidats à la présidence que lui-même, en estimant que la démocratie équivaut à l’accepter à lui seul comme candidat unique et en renforçant la présence d’Émile Lahoud à Baabda, alors que son mandat est illégal et anticonstitutionnel, sur la base du “moi ou personne d’autre” ». Concernant la dette publique, le communiqué publié par le CDF rappelle ensuite au général Aoun que les Nations unies ont chiffré le coût de la guerre à 25 milliards de dollars, précisant que les experts ont assuré que les dégâts infligés à l’infrastructure et à l’industrie ont été « le résultat de la guerre de libération lancée par le général Aoun, qui a offert le Liban à la tutelle syrienne après s’être enfui de Baabda vers son exil doré ». Le CDF chiffre ensuite le coût de la reconstruction, la réhabilitation de l’armée et des forces de sécurité, ainsi que le lancement des programmes sociaux, pédagogiques et ceux liés à la santé publique à 18 milliards de dollars « jusqu’en 1998, et qui a augmenté de 22 milliards de dollars durant le mandat Lahoud qui a connu la plus grosse opération de pillage organisé des ressources du Liban, sur instigation du système sécuritaro-policier et de ses alliés. Le général Aoun peut trouver leurs noms dans la liste de ses alliés actuels », indique le CDF, soulignant qu’il accueille très positivement tout audit ou toute investigation financière « sur les exactions des symboles de la tutelle, dont le général Aoun est aujourd’hui leur seul candidat à la présidence ». Le communiqué conclut en demandant au général Aoun des réponses à propos du « putsch qu’il a fomenté contre lui-même, et comment il est passé du camp souverainiste et indépendantiste à celui où pullulent ses alliés dont le seul but est de replonger le Liban dans la tutelle syrienne ».

La polémique Nabil Nicolas/Nayla et Michel Moawad
La réponse du CPL n’a pas tardé. « Ce courant est né du précédent système sécuritaire. Ces gens ont profité de la tutelle et ils lui ont obéi, même s’ils ont prétendu récemment qu’ils ont été menacés. Ils ont mis la main sur le pouvoir, ils ont fui à Paris et Washington parce qu’ils ont reçu des ordres de l’étranger… et ils prétendent qu’ils sont menacés », a insisté le député CPL Nabil Nicolas. « Ils accusent les autres d’avoir profité d’un exil doré, oubliant que cela a été imposé par leurs maîtres », a-t-il poursuivi, accusant « ces hommes politiques débutants, nés du précédent régime et de ses outils policiers », de « profiter du sang du martyr pour vampiriser le peuple et l’affamer. Nous leur disons : nous n’allons plus nous taire, ni à propos de leurs magouilles ni à propos de leurs tentatives de diviser les Libanais », a-t-il ajouté. Signalons que l’ancien PM a lui aussi répondu au communiqué du CdF, rappelant son antienne sur une enquête financière et assurant qu’il « n’y a aucun lien entre mon appel aux réformes et la présidence de la République ».
Nabil Nicolas s’en est ensuite pris à Nayla Moawad : « Nous n’avons pas besoin de diplôme en patriotisme de la part de ceux qui se sont tus lorsque le président martyr René Moawad a été assassiné, juste pour garantir un strapontin au Parlement de la part de la tutelle », a-t-il déclaré, souhaitant que la ministre des Affaires sociales « s’inspire de l’esprit du défunt avant que de parler ».
Michel Moawad a répondu le lendemain, après un entretien avec le patriarche Sfeir à Bkerké. « Je ne répondrai pas au député Nabil Nicolas, avec le respect que je lui dois et que je porte à ses talents de dentiste, mais au général Aoun, que nous considérons comme étant directement responsable de ces propos », a-t-il dit. « Ces propos sont immoraux. En réalité, nous avions pensé que la polémique entre nous et le général Aoun à propos de la mort du président Moawad était terminée. Nous avions pardonné et tourné la page parce que nous voulions dépasser les conflits christiano-chrétiens, et parce que nous avons compris que la tutelle a profité de nos conflits pour nous renverser et renverser le pays. Nous avions pardonné et tourné la page, mais nous n’avons pas oublié », a poursuivi Michel Moawad. « Nous n’avons pas oublié les mots du général Aoun, la veille de l’élection du président Moawad : demain, ils vont élire un président collaborateur… Nous avons fait en sorte d’oublier les péchés du général Aoun à l’encontre du président Moawad et du Liban, de sa tentative de créer un vide constitutionnel à ses attaques contre le patriarcat maronite et son maître, en passant par ses attaques contre René Moawad. Ces péchés lui font assumer une responsabilité politique sûre dans l’assassinat du président Moawad », a-t-il ajouté.
Et de poursuivre : « Nous n’avons pas oublié comment ses cadres ont ouvert le champagne à l’hôtel Comfort lorsqu’ils ont appris la nouvelle de l’assassinat… Nous avons pardonné, mais nous pensions qu’une fois rentré au Liban, et après sa visite à Ehden, qu’il allait se recueillir sur la tombe du président Moawad… Mais nous ne nous imaginions pas qu’il allait lâcher son dentiste contre nous afin qu’il nous administre des leçons autour du sang du président Moawad. »
Michel Moawad a conclu en soulignant que ce qui importe aujourd’hui, ce sont les réponses aux questions posées par la ministre des Affaires sociales : « Comment le général Aoun explique-t-il sa “neutralité positive” à l’égard de la Syrie à l’heure où le régime syrien combat la marche vers la souveraineté et la résurrection de l’État ? Comment explique-t-il qu’il ait accepté de lier le désarmement du Hezbollah à une stratégie de défense qui n’est pas l’exclusive des institutions militaires ? C’est un putsch contre le projet d’État », a-t-il relevé, craignant que ne se reproduisent les réactions en chaîne qui ont commencé en 1998. « Nous appréhendons de voir cette mentalité du “moi sinon personne” finir par bloquer l’opération de salut, de souveraineté et d’indépendance, et qu’elle ne détruise le pays politiquement et économiquement », a-t-il conclu.