Commémoration – Hommage aux 4 114 jours de détention du chef des Forces libanaises

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Geagea pour un président « politique par excellence, issu du premier rang »

 
Les Forces libanaises ne craignent visiblement pas les symboles. Ce qui aurait dû être une date triste, voire à effacer des mémoires, est devenue pour les membres de cette formation l’occasion d’une célébration, lancée comme un défi à tous ceux qui les avaient donnés pour finis ou faisant partie du passé. Comme il l’a donc rappelé lui-même, le 22 avril 1994, le chef des FL, Samir Geagea était depuis 24 heures en détention à Yarzé, subissant un interrogatoire ininterrompu. 4 114 jours (sa période totale d’emprisonnement) et près de dix mois plus tard, il est debout face à un auditoire nombreux qui l’ovationne à tout rompre. C’est en quelque sorte la concrétisation d’une résurrection politique, à l’heure où les chrétiens fêtent la résurrection du Christ. D’ailleurs, les organisateurs de la cérémonie n’ont pas lésiné sur les comparaisons élogieuses et les parallèles mystiques. Les affiches, les portraits, les banderoles et surtout les documentaires diffusés pendant la cérémonie ont largement évoqué cette sorte de chemin de croix du chef des FL, dans un hommage éclatant à ce qu’il a subi. Les images récurrentes des barreaux derrière lesquels filtre la fragile flamme d’une bougie et celles de la croix sont partout. Ses parcours militaire, personnel et politique sont aussi retracés, forçant un peu le trait et faisant de Samir Geagea le symbole des souffrances d’un pays.
Parmi les milliers de personnes venues assister à cette cérémonie, nul ne semble trouver excessif cet éloge à l’ancien chef militaire des FL devenu aujourd’hui l’un des principaux partenaires du dialogue national.
Les alliés d’aujourd’hui sont venus en force, notamment une délégation du Courant du futur, avec en vedette le ministre démissionnaire de l’Intérieur Hassan Sabeh, installé à la droite de Mgr Boulos Matar (qui représentait le patriarche Sfeir), alors que Geagea avait réclamé sa démission après les incidents d’Achrafieh…La délégation comprenait aussi les ministres Jean Oghassabian représentant le Premier ministre, Michel Pharaon, Ahmad Fatfat et de nombreux députés. Une délégation du PSP, les pôles de Kornet Chehwane – sans Amine Gemayel, qui avait envoyé des représentants, et sans Solange Gemayel et son fils –, mais aussi une importante délégation du CPL qui, pourtant, ne sera pas épargné par les discours des orateurs ni par Geagea lui-même.
Bref, la cérémonie de samedi a reflété avec fidélité, notamment par les discours et les personnes présentes, le schéma politique actuel, tout comme elle a reflété l’impasse dans laquelle tout le monde se débat aujourd’hui. D’ailleurs, si les milieux journalistiques attendaient le discours de Geagea comme un événement, après des semaines de silence, ils ont été un peu déçus. Le chef des FL a surtout affiché sa détermination à poursuivre la lutte, malgré les entraves, rappelant que la seule issue pour le Liban, face aux menaces qui pèsent sur la région, est d’édifier un État fort. Et cela ne peut se faire qu’après avoir désamorcé les mines laissées par les Syriens en se retirant. L’une de ces mines est le président de la République, l’autre les armes illégales et la troisième le déséquilibre confessionnel au sein de l’État et de ses institutions, qui ne peut être rétabli que par le biais d’une loi électorale assurant une bonne représentativité. Mais Geagea n’a pas assuré qu’il était sûr de la victoire, faisant surtout assumer la responsabilité de la dégradation de la situation à ceux qui veulent maintenir Émile Lahoud à la présidence, car, pour lui, cela équivaut à la perpétuation de la crise. Il a rappelé qu’il souhaite à la présidence un homme politique par excellence, « un homme de premier rang », selon ses propres termes, précisant que le fait de lier la situation libanaise à celle de la région comporte de réels et graves dangers pour le pays.
Geagea a pris la parole après le représentant du Courant du futur, le Dr Atef Majdalani, et après celui de la Rencontre démocratique, le député Fayçal Sayegh, dans une confirmation éclatante de l’alliance dans laquelle les FL se situent actuellement. Mais il a pris soin d’affirmer devant son auditoire qu’il souhaitait que toutes les forces du 14 Mars 2005 se retrouvent dans le même camp, faisant ainsi allusion au CPL, lequel CPL a été convié à la cérémonie, mais sans être invité à y prendre la parole.
Enfin, si la politique est toujours présente ouvertement ou en filigrane, la cérémonie a aussi réservé une grande place à l’émotion. D’abord par la déclaration enregistrée de May Chidiac, qui a officiellement ouvert les discours, aussi rayonnante qu’avant l’attentat dont elle a été victime, posée, calme mais toute en retenue. Il y a eu ensuite les propos de l’ancien député Edmond Rizk, qui avait défendu Geagea dans certains procès menés contre lui et qui a, en rappelant dans quelles circonstances il rencontrait son client d’alors – derrière la vitre de séparation à la prison de Yarzé –, fait monter les larmes aux yeux de Geagea lui-même. Un moment rare et peut-être l’instant le plus poignant de cette cérémonie.

Scarlett HADDAD