La polémique entre Aoun et le Courant du futur tourne presque à l’insulte

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L’escalade se poursuit entre le général Michel Aoun et le Courant du futur au fur et à mesure que la date du dialogue sur la présidentielle se rapproche, et n’est pas loin de se rapprocher d’un échange d’insultes.
Ainsi, le chef du Courant patriotique libre (CPL) est-il revenu à la charge dans un entretien accordé jeudi soir à la chaîne al-Jazira, estimant que le chef du Courant du futur, le député Saad Hariri, est « politiquement immature ».
« Je mets l’accent sur le fait que Saad Hariri est immature en politique. Il l’a dit lui-même à plus d’une occasion et devant plus d’une personne. Concernant ensuite ce que j’ai dit sur sa “dictature inconsciente”, je rappelle qu’il a répondu dans un entretien accordé à al-Jazira à une question sur les raisons pour lesquelles je n’accéderai pas à la présidence alors que j’ai 70 % du peuple libanais avec moi. Il a répondu : “Et après ?” Celui qui ne prend pas en compte l’opinion de 70 % du peuple libanais est plus qu’un dictateur. S’il avait une épée à la main, il aurait tranché des têtes », a affirmé Michel Aoun.
« J’ai également approfondi l’étude d’autres propos qu’il a tenus à mon sujet, notamment concernant l’hypnose que j’exerce sur le peuple libanais pour lui faire oublier ce que la Syrie a fait au Liban. Je lui réponds qu’au contraire, ce sont eux (les haririens) qui étaient présents lorsque les Syriens se sont livrés à leurs agissements au Liban. Ils étaient le bras de la Syrie. Il a oublié que feu son père était chef du gouvernement lorsque les événements du 7 août 2001 se sont produits, que ce dernier était responsable sous la répression (…) », a indiqué le général Aoun. Il a enfin reproché au Courant du futur d’avoir franchi les limites de la politesse dans sa réponse précédente.

La réponse du Courant du futur
Dans un communiqué publié hier, le Courant du futur a répondu avec beaucoup de virulence aux propos du général Aoun. « Nous ne sommes guère étonnés de la persistance du général Michel Aoun à poursuivre son attaque contre les symboles du Courant du futur, à tel point qu’il s’en est pris hier au Premier ministre martyr Rafic Hariri. Le général a été effrayé, dès le premier jour de son retour, par l’unanimité nationale libanaise qui s’est créée autour d’un homme qui a sacrifié sa vie pour le Liban après l’avoir dédiée à son salut. Il a ainsi donné au pays sa liberté, sa souveraineté et son indépendance », a indiqué le communiqué.
« Le Courant du futur, qui a perdu au service de la nation, comme le peuple libanais, ce qu’il avait de plus cher, ne permettra pas à celui qui n’est mû que par sa quête du pouvoir de falsifier les vérités historiques. Rafic Hariri avait été le premier à faire face à la répression des jeunes Libanais, le 7 août 2001. Il était la plus grande victime politique de cette répression organisée par le régime sécuritaire libano-syrien sous la gestion directe du général Émile Lahoud. Lequel Émile Lahoud se vante aujourd’hui d’appartenir à la même école que le général Michel Aoun, en signe de gratitude envers celui qui a spolié la volonté sincère des jeunes du CPL pour la transformer en barricade, dans le but de maintenir le symbole de la tutelle syrienne au Liban à la présidence de la République. Le CPL est ainsi devenu le partenaire d’Émile Lahoud dans la défense des chefs des services de sécurité qui ont mené l’opération du 7 août 2001 et dans son appel à leur libération avant que le tribunal international pour juger les assassins du 14 Février ne voie le jour », a poursuivi le communiqué.
« Le Courant du futur laisse au peuple libanais et à l’histoire le soin de porter son jugement sur le marché suspect qui a conduit le général Aoun à rentrer au Liban, et sur la transformation de cet homme (…), qui a été dans le temps jusqu’à traiter le général Émile Lahoud de marionnette syrienne après la prorogation, et dont les positions constituent aujourd’hui une garantie pour le maintien de cette “marionnette syrienne”, et qui demande à présent de lui présenter des excuses », a-t-il noté. Le communiqué a rappelé, dans le même ordre d’idée, que le général Aoun avait traité à plusieurs reprises le Hezbollah d’organisation « terroriste », avant de signer avec le parti son document d’entente, ou encore son acceptation de Taëf après l’avoir combattu durant des années, et ses positions antisyriennes et pro-1559 avant de « devenir l’allié objectif et le candidat numéro un de la Syrie, qu’il est disposé à visiter bientôt (…) ».
Déplorant la « surenchère » et le « comportement irresponsable » du général Aoun, le communiqué a estimé que « cela ne peut qu’augmenter la conviction du peuple libanais selon laquelle le pays ne saurait être dirigé par des crises nerveuses dont l’origine unique est l’incapacité du général Aoun à accepter l’idée de candidats maronites autres que lui à la magistrature suprême ». « Celui qui est incapable de maîtriser sa langue devant les caméras de télévision ou devant les micros dans le cadre d’une conférence de presse ne saurait prétendre à la présidence de la République. L’équilibre requis dans la vie politique libanaise ne saurait venir de celui qui vit dans un déséquilibre verbal et comportemental sans précédent dans le pays, mis à part la période durant laquelle il a présidé le gouvernement de transition avant de fuir vers son exil doré, laissant ses soldats périr sur l’autel de son projet de pouvoir, en oubliant ses honnêtes partisans dans les cellules des services syriens », a souligné le communiqué.
Concernant enfin l’allusion précédente du général Aoun à « la prostituée qui donnait des cours de chasteté », le Courant du futur a estimé que « le peuple libanais sait pertinemment qui donne des conférences sur la chasteté depuis son retour au Liban », avant de conclure : « C’est simplement honteux. »

Abbas Hachem
Pour sa part, le député Abbas Hachem, du Bloc du changement et de la réforme, a répondu aux propos du Courant du futur, déplorant la dégradation du discours politique qui prouve un manque de réflexion politique. M. Hachem a indiqué que Saad Hariri avait lui-même affirmé qu’il manquait de maturité à la table du dialogue, et que ses propos ont été tenus devant lui. Le général Aoun n’a fait que répéter ce que M. Hariri a dit, a précisé le député, soulignant que l’establishment politique a préféré maintenir le président Émile Lahoud plutôt que de permettre au général Aoun d’accéder à la présidence de la République.