ASSURANCE – Lancement d’une campagne de sensibilisation auprès de l’opinion publique

Les assureurs expriment des réserves sur le nouveau projet de loi réorganisant le secteur

 

L’Association des compagnies d’assurances au Liban (ACAL) a lancé hier sa campagne de sensibilisation intitulée « Le Liban assuré ». Celle-ci vise à consolider le secteur de l’assurance touchée par une régression suite au tassement économique que connaît le pays. Elle met en évidence l’importance de l’assurance qui représente l’un des piliers de notre économie. Non seulement les bateaux ne navigueraient plus, mais les marchandises aussi ne seraient plus importées ni exportées, si elles n’étaient pas assurées, ont souligné les slogans. La campagne a mis en relief, par ailleurs, que les personnes ne réalisent pas que les assurances nous garantissent la plupart des produits que nous consommons et les services que nous utilisons chaque jour.
Dans une allocation de circonstance, le ministre de l’Économie, Sami Haddad, a affirmé qu’il est sur le point de transmettre le nouveau projet de loi sur la réorganisation du secteur de l’assurance au Conseil des ministres pour examen. Il a également souligné que la commission libanaise de contrôle des assurances serait jumelée aux organismes de contrôle des assurances relevant de l’Union européenne pour une période de deux ans.
Tout en rappelant que le Liban regroupe le plus grand nombre d’actuaires dans la région du Moyen-Orient et qu’une faculté pour l’enseignement supérieur de l’assurance existe à Beyrouth depuis plus de 25 ans, Sami Haddad a précisé qu’un audit externe a été effectué sur 53 compagnies d’assurances dans le cadre d’un recensement visant à trouver de nouveaux critères de contrôle renforçant la transparence des compagnies.
Il a insisté par ailleurs sur la nécessité de développer la qualification des assureurs, d’améliorer les réseaux de distribution, de créer des produits spécifiques au marché local et d’opérer des fusions ou des partenariats au niveau régional.
Prenant la parole à son tour, le président d’ACAL, Élie Nasnas, a martelé que « l’assurance n’est pas un luxe, elle est une nécessité ».
Il a déclaré que les campagnes de sensibilisation se poursuivraient à l’avenir, faisant partie du plan de travail du directoire d’ACAL.
Le directeur général d’AXA Middle East a énoncé par ailleurs quelques grandes lignes de la feuille de route du directoire.
Ainsi, il a évoqué la dynamisation du secteur et l’interdiction de la concurrence illégale à travers un contrôle efficace ; l’élaboration d’une vision d’avenir de l’industrie forte et d’un dialogue constructif entre tous les acteurs du secteur ; la consolidation des compagnies locales afin d’en faire des entités plus attractives et plus à même de concurrencer.

Réunion houleuse
Une réunion de travail, qui a groupé les membres du conseil d’administration de l’ACAL, a suivi la séance de lancement de la campagne promotionnelle. Cette réunion a été qualifiée par certains participants de « houleuse ». Elle était centrée sur l’examen du nouveau projet de loi. De nombreux assureurs, selon cette même source, auraient exprimé certaines réserves au sujet de ce projet de loi, estimant que les discussions avec le ministère de l’Économie sur cette question sont toujours à « un stade préliminaire ».
Cette source proche des assureurs a estimé que la loi en vigueur sur l’assurance n’était pas mauvaise en elle-même, mais le contrôle de sa mise en application est « insuffisant voire insatisfaisant ».
Commentant certains aspects du projet de loi dans une déclaration à L’Orient-Le Jour, le président d’ACAL, Élie Nasnas, a préconisé l’institutionnalisation du contrôle des compagnies d’assurances, de sorte que les décisions des organismes de contrôle soient prises par tous les membres. Il a également évoqué la nécessité que les dispositions du nouveau projet de loi soient assez claires, de sorte qu’elles ne nécessitent plus à l’avenir de décrets d’application. Le directeur général d’AXA Middle East a estimé comme étant exagérée la capitalisation minimale des compagnies d’assurances, celle-ci étant, selon le nouveau texte, de dix millions de dollars pour les compagnies d’assurances non-vie et de dix millions de dollars pour les compagnies d’assurances pratiquant la branche vie. Cet avis est partagé par l’ancien président d’ACAL et PDG d’Almashrek, Abraham Matossian, qui considère le montant de la capitalisation minimum exigée comme assez important par rapport au volume des affaires dans le secteur.
M. Matossian a émis d’autres réserves concernant la composition du conseil d’administration des compagnies d’assurances. Les dispositions du projet de loi s’inspirent largement du modèle canadien. « Ce qui ne convient pas nécessairement aux structures des compagnies d’assurances libanaises qu’elles soient familiales ou non », a-t-il dit.
Le projet de loi préconise à titre d’exemple la désignation de deux membres au sein du conseil d’administration qui ne seraient pas des actionnaires de la compagnie.
Selon un assureur, qui a requis l’anonymat, le nouveau projet de loi viserait en un mot comme en cent à réduire le nombre des compagnies locales opérant au Liban à une trentaine de sociétés. Le projet de loi chercherait à faire sortir du marché les petites et moyennes sociétés.

Liliane MOKBEL

 

Source: L’ORIENT LE JOUR