COOPÉRATION – La région MENA a besoin d’un taux de croissance annuel de plus de 6 %

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L’OCDE approuve le programme de réformes du gouvernement, mais attend son application
 
Alors que s’est achevé hier à Beyrouth le 5e Forum de développement pour la région MENA, et sur fond de dialogue national sur le programme de réformes du gouvernement, le directeur adjoint des affaires financières et d’entreprises de l’OCDE, Rainer Geiger, a fait le point sur le programme d’investissement MENA-OCDE. Ce programme, conçu par les pays arabes avec le soutien de l’OCDE et du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a été approuvé en 2004 par 16 pays de la zone MENA, dont le Liban, au cours d’une conférence ministérielle en Jordanie. Il consiste à apporter un soutien régional aux efforts de réformes nationaux, grâce à l’échange d’expériences entre les pays arabes en collaboration avec des organisations régionales et multilatérales comme la Ligue arabe, la Banque mondiale et l’Union européenne, ainsi que le secteur privé et la société civile. Cinq groupes de travail se penchent ainsi sur les réformes nécessaires pour développer le secteur privé et améliorer la gouvernance publique afin d’attirer les investissements productifs dans la région. L’enjeu est de taille car, selon des études de l’OCDE, la région devra créer entre 80 et 100 millions de nouveaux emplois pour répondre à la croissance démographique d’ici à 2020. La croissance économique dans la zone MENA est certes passée de 3,7 % entre 1998 et 2002 à 5,4 % in 2005, mais elle doit s’établir, souligne l’organisation, aux alentours de 6 à 7 % par an pour absorber les nouveaux entrants. Or, les prévisions pour 2006 demeurent stables à 5,6 %
« Dans la première phase du programme, les gouvernements ont défini les réformes prioritaires qui s’articulent autour de cinq points principaux » a expliqué M. Geiger à L’Orient-Le Jour en marge de la conférence.
Il faut d’abord réformer le cadre réglementaire des investissements. Ensuite un effort doit être entrepris pour développer les institutions de promotion des investissements, comme IDAL au Liban, et les mettre en réseau afin d’améliorer l’image des pays de la région. La fiscalité des entreprises est également à revoir. « Il faut un régime fiscal transparent et équitable, a insisté M. Geiger, en abolissant, par exemple, les incitations fiscales pour les entreprises étrangères car elles désavantagent les entreprises locales. »
Aussi, une diversification de l’économie est nécessaire. « La majorité des économies de la région dépend de la production de gaz et de pétrole, a-t-il déploré. Or, ces secteurs ne sont pas très créateurs d’emplois. »
Il faut donc développer les marchés financiers afin d’assurer un meilleur financement aux entreprises. « Le Liban est le seul pays de la région à avoir un système financier plus ou moins sophistiqué, mais il reste beaucoup à faire, notamment en termes de financement des PME », a-t-il relevé, ajoutant qu’un projet de création d’un institut régional de financement des entreprises à Beyrouth était en discussion.
Encourager les femmes à devenir entrepreneurs est également très important pour diversifier l’économie, ainsi que le développement des ressources humaines, en instaurant par exemple un partenariat entre les universités et les entreprises.
Enfin dernier volet, mais non des moindres, des réformes : la gouvernance d’entreprise. La région se caractérise par l’opacité de ces entreprises publiques et privées, a souligné M. Geiger. Dans le secteur public, le programme a recommandé l’instauration d’une série de principes directeurs afin d’aligner leur gestion sur celles des entreprises privées.
Pour les entreprises privées, il faut encourager les introductions en Bourse afin de les pousser à adopter les normes comptables internationales. À cet égard, la Lebanese Transparency Association effectue un travail remarquable au Liban en sensibilisant le secteur privé et la société civile sur le rôle de la transparence. Elle a notamment élaboré un code de bonne conduite pour les entreprises cotées afin de les aligner aux normes comptables internationales.

Le cas du Liban
Une fois les priorités définies, le programme entre aujourd’hui dans sa deuxième phase, la plus importante, celle de la mise en œuvre des réformes. Car les pays se sont engagés à les appliquer selon un calendrier précis.
Ainsi, « lors de la dernière conférence ministérielle, nous avons été impressionnés par le programme de réformes présenté par le ministre des Finances libanais, mais nous attendons aujourd’hui son application ».
Selon M. Geiger, le Liban, dont « les forces principales sont le secteur privé et la société civile », doit impérativement réformer son cadre juridique afin d’améliorer le système des transactions commerciales. Il faut également une réforme fiscale qui instaure notamment des mécanismes pour éviter la double imposition, l’introduction de bonnes pratiques comptables, un programme national anticorruption et surtout l’introduction d’une loi sur la concurrence, « étant donné la structure monopolistique d’un certain nombre de secteurs ». « Car la privatisation, c’est bien, a-t-il ajouté, mais il ne s’agit pas de passer d’un monopole public à un monopole privé. »
Au Liban, a poursuivi M. Geiger, ce qu’il faut surtout, c’est « un esprit d’équipe qui permette de dépasser les intérêts personnels. Le processus de réformes doit être un processus national ».
Contrairement à d’autres programmes de soutien internationaux, l’aide proposée par l’OCDE est plus technique que financière. « L’argent n’est pas le plus important, souligne M.Geiger, l’exemple de l’Autorité palestinienne le prouve. Des millions de dollars leur ont été reversés, mais la corruption a empêché toute réforme. Ce qui est important, c’est la volonté réelle des gouvernements à introduire ces réformes. »
Pour cela, l’OCDE compte sur le système d’évaluation entre pairs. En effet, les gouvernements doivent régulièrement se retrouver pour présenter et évaluer le bilan des réformes entreprises. Et pour le moment, le Liban ne figure pas encore parmi les meilleurs de la classe dans ce domaine.
« Les champions des réformes ont été l’Égypte, la Jordanie, le Maroc et Bahreïn », a conclu M. Geiger.

 
Sahar AL-ATTAR
 
Source:  publié le 10-04-06