Aoun et Geagea s’entendent sur la candidature de Pierre Daccache

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Baabda-Aley – Le candidat de compromis se rend successivement à Bkerké, Moukhtara et Koraytem
 
La « fumée blanche » promise annonçant qu’un consensus était atteint sur un candidat de compromis au siège maronite vacant de Baabda-Aley s’est élevée hier simultanément des trois cheminées des Cèdres, de Rabieh et de Moukhtara. Le consensus entre le Courant patriotique libre de Michel Aoun et les Forces libanaises de Samir Geagea s’est fait sur la personne de l’ancien député Pierre Daccache, qui s’était engagé samedi, lors d’un entretien avec le chef des FL aux Cèdres, à être « un trait d’union » entre les deux blocs parlementaires, en cas d’entente, et à ne rejoindre aucun d’entre eux.
« Pierre Daccache, connu pour son combat patriotique et pour son indépendance, est le candidat (…) que nous avons choisi », a annoncé Samir Geagea, devant la presse.
Aussi bien le général Aoun que M. Geagea ont rendu hommage au rôle-clé joué dans ce domaine par le patriarche Sfeir. Ils ont également laissé entendre que cette entente pourrait servir de « précédent » à un accord au sujet du futur chef de l’État, dans le cadre du mécanisme en cours pour obtenir la destitution du président Lahoud.
Le choix du Dr Daccache comme candidat de compromis a été accueilli avec satisfaction par le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre, Fouad Siniora, qui lui ont tous deux transmis leurs félicitations.
M. Geagea, qui a annoncé à partir des Cèdres la nouvelle, a rendu hommage à l’intégrité de M. Daccache, ajoutant : « Nous avons essayé, sans succès, de nous entendre sur le président du PNL, Dory Chamoun, afin que ce parti dispose au moins d’un siège parlementaire. »
M. Geagea a également rendu hommage à « la longue lutte politique » de May Chidiac, qui s’était portée candidate aux élections, à partir de Paris. « Nous aurions souhaité qu’elle soit au Parlement, où nous avons besoin de personnalités combatives », a-t-il dit à son sujet, soulignant que « c’est partie remise ».
De son côté, le général Aoun a annoncé la nouvelle à partir de Rabieh, en présence notamment du député FL Georges Adwan, qui avait effectué le va-et-vient entre les Cèdres, Rabieh et Moukhtara, entre autres, pour finaliser l’accord.
À cette occasion, le général Aoun a souhaité que « la politique de l’entente se généralise et s’étende à toutes les questions en suspens susceptibles d’entraîner des frictions. Ces questions doivent être réglées par le dialogue plutôt que par les confrontations ».
« J’espère que le dialogue qui s’est ouvert sur le pourvoi à un siège parlementaire se poursuivra sur toutes les questions en suspens », a-t-il repris. Prié de préciser si la question de la présidence figure parmi celles qu’il souhaite régler par le dialogue, le général Aoun a affirmé : « Assurément ! »
« Il existe des règles pour régler certaines questions au sein des institutions, loin des débats d’opinion », a-t-il ajouté, citant, entre autres exemples, celui de la cohabitation en France. C’est bien pour cela qu’il existe des députés, pour épargner aux gens de porter le poids des problèmes eux-mêmes.
Le général Aoun a refusé de voir le consensus inscrit à son crédit, bien qu’il ait été le premier à avancer le nom de M. Daccache comme candidat de compromis.
Pour sa part, M. Adwan s’est félicité de cet « heureux épilogue », précisant que dans un sondage effectué à Baabda-Aley, 62 % des personnes interrogées avaient préféré un candidat de compromis à une bataille électorale.
Le député a conclu en affirmant que le succès du dialogue sur un candidat de compromis à Baabda-Aley a ouvert la voie à d’autres expériences du genre. « À partir de ce jour, a-t-il assuré, nous examinerons toutes les questions avec le Courant patriotique libre. »

Dédiée au patriarche
Pour sa part, M. Daccache s’est rendu hier à Bkerké, Moukhtara et Koraytem, pour souligner symboliquement le rôle joué par chacun de ces pôles dans la décision le concernant.
Accompagné des députés Ibrahim Kanaan (CPL) et FL Georges Adwan (FL), M. Daccache a officiellement annoncé l’accord de consensus au chef de l’Église maronite, à Bkerké, et l’a remercié pour son rôle conciliateur dans cette affaire. « Nous avons dédié cette entente au patriarche Sfeir », a dit M. Adwan, à sa sortie de Bkerké. « Nous espérons que la culture du dialogue se généralise au Liban en cette étape délicate de notre vie nationale », a dit M. Kanaan, soulignant qu’il est « nécessaire d’épargner aux gens les épreuves de nos divisions ».
Pour sa part, M. Daccache a remercié le patriarche pour sa confiance et promis d’être un véritable « candidat d’unanimité ». Au programme du futur député figurent, aujourd’hui, des visites au Hezbollah et à M. Talal Arslane.
À partir de Bkerké, M. Daccache est entré en contact téléphonique avec May Chidiac, qui lui a dit toute sa confiance.
« C’est le Liban qui a triomphé, la volonté du patriarche et les forces du 14 Mars », a déclaré devant ses visiteurs M. Joumblatt, en accueillant M. Daccache à Moukhtara.
Interrogé sur l’épineuse question de la présidence de la République, M. Daccache a affirmé qu’il était « prématuré » de lui poser cette question.
Le Dr Daccache s’est également rendu à Koraytem, où il a été reçu par le député Saad Hariri. En quittant, il a tenu à souligner que l’entente sur sa personne « n’a pas été facile » et qu’il a fallu convaincre du fait
les alliés du Courant du futur et le général Michel Aoun lui-même.
Pour sa part, M. Dory Chamoun s’est félicité de ce qu’une bataille électorale ait été évitée à Baabda-Aley, affirmant que sa candidature n’avait pas d’autre objectif.

Geagea : Une idée fixe,
la présidence
Dans un long entretien accordé aux journalistes en poste aux Cèdres, le chef des FL est revenu sur le choix de Pierre Daccache comme candidat de compromis en affirmant que l’une des raisons majeures de cette entente était la nécessité de « se dégager » pour la bataille présidentielle, devenue presque une idée fixe.
« Les conditions d’une bataille électorale existaient à Baabda-Aley, mais quand nous avons lancé la bataille pour le départ du chef de l’État, les choses ont changé. Mener les deux batailles n’aurait pas été aisé », a dit M. Geagea, qui a ajouté que par le dialogue, il a cherché à « créer un climat propice à l’entente sur un nouveau président. L’entente qui s’était faite sur un plan plus réduit était une sorte de modèle ou de précédent », a-t-il ajouté. « Je souhaite qu’il y ait un accord sur le nouveau président comme il y en a eu à Baabda-Aley », a-t-il insisté.
« Toutes les questions sont susceptibles d’être examinées, a par ailleurs affirmé le chef des FL, sauf la perpétuation de l’état de paralysie de la présidence de la République. » Et d’ajouter que cette attitude est purement politique et n’a rien de personnel.
Le leader des FL a précisé, en réponse à une question, que les ministres qui le représentent au sein du gouvernement « boycotteront les réunions du Conseil des ministres » si elles sont présidées par le chef de l’État.
Par ailleurs, selon M. Geagea, il est faux de dire que c’est le Courant du futur qui déterminera qui sera le prochain chef de l’État. Aussi bien ce courant que Walid Joumblatt ont fait savoir, il y a des mois, qu’ils approuveront n’importe quel président qui ferait l’objet d’une entente entre les forces chrétiennes et aurait l’aval du patriarche, a-t-il assuré en substance.
Il a refusé toutefois de rendre publics les noms des éventuels candidats à la présidence, afin d’inclure dans le débat sur la question autant de forces et de personnalités possibles, sans avoir à les engager d’avance sur un nom. Et M. Geagea de préciser qu’il ne fallait pas le compter au nombre des candidats.
Tout en affirmant que la situation actuelle, au niveau de la présidence, convient au Hezbollah, M. Geagea a déclaré que, selon lui, Hassan Nasrallah n’engagera pas toutes ses forces dans la défense du président Lahoud, en cas de consensus pour sa destitution, ou si des marches sont organisées en direction du palais présidentiel.
Des sources de Baabda ont enfin mis en garde, hier soir, contre le recours à la pression de la rue, pour obtenir le départ du chef de l’État. « C’est là un style suivi par les milices, qui pourrait déstabiliser le pays et créer un climat d’anarchie contre lequel le chef de l’État a toujours mis en garde », ont affirmé ces sources, qui prévoient que face à la pression de la rue, d’autres pressions populaires pourraient s’exercer.