May Chidiac veut poursuivre son combat « à la télévision et à l’Assemblée »

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May Chidiac veut poursuivre son combat « à la télévision et à l’Assemblée »
 
La journaliste vedette de la LBCI reçoit « L’Orient-Le Jour » dans une clinique de la banlieue de Paris
 

Dans une clinique spécialisée de la banlieue est de Paris, May Chidiac se remet avec courage de ses blessures et reprend un semblant de vie normale après le terrible attentat qui a failli lui coûter la vie. Entourée de sa famille et forte du soutien des Libanais, la journaliste de la LBCI a annoncé récemment la couleur en se portant candidate à l’élection partielle de Baabda-Aley. Aujourd’hui, elle promet de reprendre, à l’Assemblée et sur le petit écran, son combat pour l’indépendance, la liberté et la souveraineté de notre pays.
May Chidiac nous accueille avec son beau sourire, que les tueurs n’ont pu lui effacer, pour un entretien à bâtons rompus au cours duquel ses projets politiques et professionnels se sont mêlés à ses réflexions et ses commentaires sur le terrible drame qui a failli lui coûter la vie. Sa première pensée, dit-elle, lorsqu’elle a repris connaissance après l’explosion était de se dire « Merci mon Dieu » et de réciter une prière dédiée à saint Charbel dont elle avait visité le sanctuaire le jour même. « Une fois au volant de ma voiture, je m’étais retournée avant de démarrer pour ranger sur la banquette arrière des reliques apportées de Annaya et c’est à ce moment-là que l’explosion a eu lieu. Voilà pourquoi mon visage est resté intact », raconte May Chidiac. Ce sera la seule évocation de l’horreur qu’elle a vécue. Place ensuite à la politique et à l’actualité locale.

Aoun
Priée de dire si elle accepterait de se désister en faveur d’un candidat de compromis pour éviter une bataille à Baabda-Aley, elle répond : « Dès le départ, je me suis présentée comme candidate indépendante et de compromis et j’ai essayé de prendre contact pour cela avec le général Michel Aoun qui m’avait rendu visite à l’hôpital avec des membres de sa famille. De plus, au cours de la conférence de presse que j’avais tenue pour annoncer ma candidature, j’ai essayé de lui tendre la main en lui disant que je lui serais reconnaissante s’il me soutenait. Au cours d’une récente interview télévisée, le général Aoun a confirmé que je l’avais appelé, ajoutant qu’il prendra contact avec moi. Mais le lendemain, j’ai dû subir mon énième intervention chirurgicale et les choses se sont arrêtées là. En ce qui concerne le compromis, je prendrai ma décision en temps opportun, en fonction de l’évolution de la situation. »
Et d’ajouter : « M. Pierre Daccache figurait sur la liste du général Aoun lors des dernières législatives et c’est à ce titre que je l’avais accueilli dans une de mes émissions télévisées. On ne peut donc pas dire qu’il s’agit d’un candidat de compromis. J’ai un grand respect pour lui, mais arrêtons de dire qu’il est un candidat d’entente. J’apprécie beaucoup l’aspect humain de ses activités en tant que médecin et en particulier les soins qu’il prodigue aux adhérents du Hezbollah qui le soutient. »
May est déterminée à poursuivre la lutte pour les valeurs qu’elle défend et auxquelles elle s’est consacrée au cours des précédentes années. « Je me suis battue et j’ai travaillé dans le domaine du journalisme pour la liberté et la souveraineté du Liban, dit-elle, aussi bien dans mes journaux télévisés que dans le cadre de mes “talk-shows” politiques du matin. J’avais une mission à accomplir et je le faisais dans le cadre de mon travail. J’ai fini par en payer le prix. En tout état de cause, l’idée de “faire de la politique“ n’est pas nouvelle pour moi. J’y ai toujours pensé. Après quatre mois passés ici à Valenton, loin des studios de la télévision, j’ai estimé que le moment était venu de m’enrôler dans l’action politique. J’espère que les gens qui m’ont accueillie favorablement me soutiendront et voteront pour moi. J’ai toujours été le porte-parole de tout le monde et je me mettais à leur place pour poser mes questions. Je les poserai désormais à l’Assemblée plutôt qu’à la télévision. »
L’épreuve qu’elle a traversée l’a-t-elle endurcie ou, au contraire, l’a-t-elle rendue plus sensible aux malheurs des autres ? « Elle ne m’a pas endurcie, affirme-t-elle. J’ai toujours été sensible aux malheurs du monde et j’étais souvent émue devant la caméra, notamment lorsque j’annonçais la disparition d’un collègue ou d’un être cher. J’étais secouée par les attentats qui ont visé mes confrères et qui ont fini par m’atteindre. Aujourd’hui, je pense être encore plus sensible aux malheurs des gens. J’étais un peu loin, dans mon monde à moi, aimée et adulée. Maintenant, je constate que je suis plus sensible aux problèmes que d’autres catégories de gens peuvent connaître. »

La femme
Priée de dire si elle a un message politique à adresser aux Libanais et en particulier à la femme libanaise, elle répond : « Je commencerai par le deuxième volet de la question. J’ai souvent entendu des femmes libanaises ou arabes me dire combien elles sont fières de moi en tant que femme, car celles qui osent s’exprimer comme moi dans le monde arabe ne sont pas nombreuses. Je veux dire que je ne suis pas la première à m’exprimer ainsi dans le monde arabe, mais je sais que je suis une des rares femmes candidates à me présenter aux élections sans être appuyée par un mari ou pourvoir à un siège parlementaire laissé vacant par la disparition d’un époux, d’un père ou d’un proche. La femme libanaise a réussi dans plus d’un domaine, mais en politique, cela est relativement récent. Nous avons eu des femmes ministres depuis le gouvernement Karamé seulement. »
May Chidiac estime que « sur le plan politique, la femme a encore beaucoup à faire, à divers niveaux. Lorsqu’on avait parlé d’un quota féminin à l’Assemblée, j’avais pensé que ce serait en fonction du nombre des députés actuels, puis je m’étais rendu compte qu’on proposait d’ajouter au Parlement des sièges qui seraient consacrés aux femmes, comme si celles-ci étaient une autre catégorie d’êtres humains. Je suis contre cette manière de faire, car nous sommes à égalité avec les hommes et nous n’avons pas à être classées dans une catégorie à part. Nous n’avons rien à envier aux hommes, qu’il s’agisse de capacités ou de niveau professionnel et intellectuel. Nous sommes prêtes à assumer les plus hautes fonctions ».

Achrafieh
Priée de définir ses priorités si elle est élue, May Chidiac explique : « J’ai toujours eu un objectif, celui d’œuvrer pour un pays souverain dans tout le sens du terme. Tout faire pour que le Liban recouvre une indépendance et une souveraineté réelles. Beaucoup d’hommes politiques parlent de souveraineté, mais, en même temps, font tout pour que la présence syrienne soit rétablie dans notre pays, d’une manière ou d’une autre. Je suis pour la souveraineté totale et pleine du Liban. »
« Le problème pour nous, ajoute-t-elle, est que les Syriens ont quitté le Liban à contrecœur. J’aimerais que les Libanais soient réellement convaincus un jour que la présence syrienne est terminée à jamais et qu’ils ne doivent plus œuvrer pour que les Syriens retournent chez nous sous prétexte que le peuple ne peut pas gérer ses affaires et qu’il lui faut une tutelle étrangère. Je suis hostile à toute tutelle étrangère. » Pour elle, « les événements de dimanche ont prouvé que les Libanais sont responsables et mûrs ». « Si, à Dieu ne plaise, des fidèles qui assistaient à la messe à Gemmayzé ou ailleurs avaient réagi violemment, nous aurions eu un drame atroce. Les Libanais sont assez sages pour ne plus tomber dans de tels pièges », a-t-elle insisté.
Pourra-t-elle reprendre ses activités au point d’oublier en quelque sorte son handicap ? « Je pourrais reprendre une vie normale même sur une chaise roulante. Cela n’aura aucune importance pour moi, car l’essentiel est que ceux qui ont voulu me liquider n’ont pas réussi. S’ils ont blessé des parties de mon corps, ils n’ont pas atteint l’essentiel, c’est-à-dire la tête et le cerveau. Dieu n’a pas voulu que j’aille rejoindre mes confrères, notamment Gebran Tuéni qu’il a rappelé à lui. »

Le pardon
Et le pardon ? En est-elle capable ? « Je suis chrétienne et je suis convaincue des paroles du Christ selon lesquelles il faut “tendre l’autre joue”. Mais je ne peux accepter que des gens soient tués gratuitement, sans qu’on ne sache jamais pourquoi et sans qu’on ne découvre jamais les coupables. Cela me révolte et je veux connaître la vérité à tout prix. La vérité sur tout ce qui a été commis comme crimes au cours de ces douze derniers mois. »

 
PARIS, d’Élie MASBOUNGI