Émeutes : la Ligue maronite réclame les sanctions « les plus sévères »

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Émeutes : la Ligue maronite réclame les sanctions « les plus sévères »
 
Appel à un report de la partielle de Baabda-Aley en cas d’absence de consensus
 
Le conseil exécutif de la Ligue maronite a réclamé hier les peines les « plus sévères possible » à l’encontre des planificateurs et des exécutants des émeutes de dimanche dernier à Achrafieh, qu’il qualifie d’« invasion », et des sanctions fermes contre les responsables ayant fait preuve de négligence dans cette affaire.
Dans un communiqué, la Ligue réfute totalement l’argumentation de l’ex-ministre de l’Intérieur, Hassan Sabeh, selon lequel les FSI se sont comportées sagement en s’abstenant d’ouvrir le feu sur les émeutiers. « Certaines excuses sont pires que des crimes », souligne le communiqué à cet égard.
Le texte appelle en outre à l’adoption d’une loi reportant « de quelques mois » l’élection partielle de Baabda-Aley en cas d’absence d’un candidat de consensus.
Par ailleurs, elle dénonce avec virulence le niveau atteint par le discours politique dans le pays.
Voici le texte quasi intégral du communiqué de la Ligue maronite :
« La Ligue maronite exprime sa condamnation absolue de ce bas niveau auquel est parvenu ces derniers temps le discours politique, dans lequel les accusations ignominieuses ont pris la place du débat et de la rivalité d’opinions. Les Libanais n’ont jamais auparavant, ni à l’époque moderne ni contemporaine, été habitués à ce genre de discours dans la vie politique du pays.
« Ces échanges infamants sont aussi éloignés que possible de la pratique démocratique et font le plus grand mal à la liberté d’expression. Il s’agit même d’un franc assassinat de la démocratie et de la liberté, du fait du non-respect témoigné à la fois à l’égard de l’adversaire et du citoyen. Au lieu que le discours politique ne serve à renforcer l’éveil et l’esprit critique chez les citoyens, le voilà qui excite les fanatismes instinctifs et qui prend la forme d’une incitation caractérisée à l’élimination de l’adversaire et à son meurtre.
« La démocratie nous apprend que la rivalité en politique est une chose naturelle et légitime et qu’elle est l’une des facettes du droit à la différence, un droit qui est au cœur même de la pratique démocratique.
« La Ligue regrette de se voir contrainte d’attirer l’attention de tous ceux qui adoptent ce discours odieux sur le dégoût du peuple libanais tout entier à l’égard de ce style et de ces insultes visant son intelligence, sa conscience et son sens politique, national et démocratique.
« La Ligue maronite prend note de la solide détermination affichée par le ministre de l’Intérieur par intérim, Ahmad Fatfat, à poursuivre l’enquête sur l’invasion d’Achrafieh, de Saïfi, de Rmeil et de Medawar avec assiduité, fermeté et objectivité, à proclamer les vérités et à définir les responsabilités. Cette invasion a été planifiée pour être le début d’une guerre civile destructrice pour le Liban et il est apparu qu’il y a eu une ingérence extérieure claire jouant un rôle dans l’aggravation des émeutes préparées à l’avance. Le communiqué publié au sujet des arrestations en est la preuve.
« Il reste que, pour être en mesure de faire échec à la guerre civile, il est absolument insuffisant de recourir aux prétextes traditionnels à propos de l’existence d’éléments infiltrés. Les infiltrés s’infiltrent et commettent des actes de subversion. C’est leur métier. Quant à l’étranger, il continuera à saisir les occasions, et même à les inventer, pour pouvoir allumer les flammes de la discorde et déstabiliser notre patrie.
« Il existe une responsabilité certaine imputable à des parties libanaises internes. Il est indispensable de la déterminer dans les faits, faute de quoi il serait impossible de pouvoir empêcher les ennemis du Liban d’exploiter les occasions et de faire échec à leurs plans destinés à nuire à son entité, son unité, sa sécurité, son économie et sa stabilité.
« Il ne fait aucun doute qu’une responsabilité essentielle, il faut le reconnaître avec franchise, incombe à ceux qui ont appelé à la manifestation et qui l’ont organisée. Ces parties ont commis une erreur en fixant l’itinéraire de la manifestation, un itinéraire qui prend une dimension particulière puisqu’il s’agit de quartiers exclusivement chrétiens. Elles ont aussi commis une erreur dans l’évaluation des risques de faciliter la tâche aux fauteurs de troubles.
« Il aurait été possible de fixer un autre site pour la manifestation, comme par exemple la place des Martyrs, quitte à ce qu’une délégation d’organisateurs se rende à la chancellerie concernée pour y transmettre la protestation. »

« Tout le monde savait »
La Ligue maronite poursuit : « Les services et les forces de l’ordre, ainsi que l’ex-ministre de l’Intérieur assument également une part essentielle de responsabilité, ayant fait preuve d’une négligence flagrante en ne prévoyant pas ce qui allait se passer. Tout le monde au sein de ce ministère, tous services confondus, savait à l’avance que des parties déterminées et des éléments se rassemblaient et se préparaient ouvertement à provoquer des troubles. Pourquoi donc n’a-t-on pas pris les mesures préventives, comme par exemple imposer une modification de l’itinéraire ou assurer une protection, à l’aide d’effectifs suffisants et d’obstacles, des entrées des quartiers qui ont été envahis, au lieu de laisser cette manifestation suivre son cours libre, sans présence sécuritaire dissuasive ?
« Les citoyens ont rejeté de façon absolue les prétextes illusoires selon lesquels, ainsi que l’a affirmé l’ex-ministre de l’Intérieur, les forces de sécurité se sont comportées avec sagesse en n’affrontant pas les émeutiers et que, de ce fait, elles ont épargné au Liban des morts et des blessés et donc les répercussions que cela aurait pu avoir.
« Si l’on accepte une telle logique qui pousse à ligoter les mains des forces de l’ordre et de les empêcher d’accomplir leur devoir, cela conduira à une catastrophe plus grande, qui consiste à s’abstenir de protéger les citoyens, jetant de ce fait ces derniers dans les bras de l’angoisse et de la terreur.
« Certaines excuses sont pires que des crimes. Car si des mesures préventives renforcées avaient été prises, comme cela s’était produit par exemple dans les manifestations de Awkar et du Sérail, il n’aurait pas été question d’ouvrir le feu sur les manifestants, et d’ailleurs il ne devrait jamais en être question.
« Non. Ce qui s’est passé ne se limite pas à des erreurs ou à des failles de discipline. C’est un péché mortel qui a failli emporter dans une grande explosion l’unique patrie de la coexistence dans la région. Voilà pourquoi les demandes de comptes, tout comme la sanction à tous les niveaux, sont des devoirs à assumer jusqu’au bout, avant qu’il ne soit trop tard et pour que nous ne retombions pas à nouveau dans l’enfer de la guerre civile.
« Il y a une véritable responsabilité nationale, de la part de tout le monde au Liban, à l’égard des citoyens des zones envahies, qui ont fait preuve d’un sens national libanais hautement civilisé, épargnant réellement et sincèrement au Liban de choir dans le piège de la guerre civile destructrice. Cette responsabilité consiste à protéger cet exemple de patriotisme qu’ils ont concrétisé. Car ils restent attachés à leur refus absolu de tout appel les invitant à recourir à l’autosécurité. Ils ne veulent et n’acceptent que la seule sécurité légale libanaise. L’État est donc censé, par le biais de tous ses services concernés, rassurer tous les citoyens de façon palpable sur le fait qu’il les protège. Le premier signe de cette protection sera de punir le plus sévèrement possible tous ceux qui sont impliqués dans ces attaques délibérées, planificateurs et exécutants, et de sanctionner fermement tous les responsables ayant fait preuve de négligence, loin de tout laxisme et de toute tergiversation.
« La Ligue maronite se voit contrainte, tant sur le plan national que chrétien, d’attirer l’attention de tous sur le fait que la tenue de l’élection partielle de Baabda-Aley dans le contexte actuel fortement crispé et tendu, qu’il soit apparent ou non, porte en elle le risque de transformer la bataille concurrentielle en une guerre d’insultes, d’accusations de trahison et jusqu’à la confrontation sanglante. De sorte que seront ainsi rétablis, hélas, les anciens climats, les positionnements et les éléments de défi entre les courants rivaux. S’il est impossible de parvenir à un candidat de consensus, l’élection ne se fera que sur la base d’un vainqueur et d’un vaincu. Le cas échéant, nous serons tous vaincus et il n’y aura point de vainqueur (…).
« C’est pourquoi, en cas d’absence de consensus, la Ligue maronite appelle à l’adoption d’une loi reportant de quelques mois cette élection. »