Sabeh démissionne, Fatfat assure l’intérim

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L’ignoble provocation
Le gouvernement dénonce l’afflux d’hommes et d’armes venus de Syrie

 

C’est une réunion-marathon extraordinaire de près de cinq heures que le Conseil des ministres a tenue hier soir sous la présidence d’Émile Lahoud afin d’examiner les causes et les retombées des actions subversives perpétrées hier à Achrafieh par des manifestants fondamentalistes. Cette journée de provocations a abouti en soirée à la démission du ministre de l’Intérieur, Hassan Sabeh, réclamée par le général Michel Aoun et Samir Geagea. Le ministre Ahmad Fatfat assurera l’intérim, mais M. Sabeh fera toujours partie du gouvernement.
Le communiqué du Conseil des ministres, que l’on peut qualifier d’historique, a rendu hommage aux habitants d’Achrafieh et aux leaders chrétiens pour leur retenue face aux provocations. Un hommage similaire a été rendu publiquement par le Conseil supérieur chérié.
Le gouvernement a en outre dénoncé l’acheminement d’hommes et de matériel militaire à travers la frontière avec la Syrie. D’ailleurs, l’essentiel du débat d’hier soir a porté en fait sur une proposition des ministres Moawad, Hamadé, Aridi, Nehmé, Sarkis et Gemayel de présenter une plainte au Conseil de sécurité contre la Syrie pour ses agissements visant à déstabiliser la situation dans le pays. Décision a été prise d’accélérer l’enquête pour recueillir les éléments permettant d’étayer cette plainte, d’autant que 77 Syriens ont été arrêtés suite aux actions subversives.

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et les articles de Patricia KHODER,
Scarlett HADDAD et Suzanne BAAKLINI

 

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Conseil des ministres – Le gouvernement évoque l’afflux d’hommes et d’armes venant de Syrie

Sabeh démissionne, Fatfat assure l’intérim, hommage aux habitants d’Achrafieh

 

Dire que les Libanais, et tout particulièrement les habitants d’Achrafieh, attendaient hier l’issue de la réunion extraordinaire du Conseil des ministres relève de l’euphémisme. Au terme d’une journée placée incontestablement sous le signe de l’anarchie et de la barbarie, le Conseil des ministres était appelé à déterminer sa position sur l’échiquier politique, compte tenu du fait que l’accent a été mis hier, de la part de toutes les parties, sur l’incapacité du gouvernement, et plus précisément du ministère de l’Intérieur, à gérer la crise.
Le Conseil des ministres s’est tenu au palais de Baabda sous la présidence d’Émile Lahoud, en l’absence de MM. Élias Murr, Mohammad Fneich et Ahmad Fatfat, mais en la présence exceptionnelle du directeur des FSI, Achraf Rifi, et du commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane.
La réunion a débouché sur deux événements fondamentaux : la démission du ministre de l’Intérieur, Hassan Sabeh, qui ne quittera pas le gouvernement, mais qui cédera son portefeuille à titre intérimaire au ministre Ahmad Fatfat.
La séance a également permis l’initiation d’un débat concernant l’attitude à adopter face à la responsabilité syrienne dans les événements d’hier. Certains ministres, principalement Nayla Moawad, Marwan Hamadé, Ghazi Aridi, Nehmé Tohmé, Joe Sarkis et Pierre Gemayel, ont mis l’accent sur la nécessité d’une politique unifiée pour défendre le pays. Or, pour élaborer cette politique de défense, il est nécessaire de pointer du doigt clairement l’ennemi qui déstabilise le pays. Ces ministres ont ainsi demandé que le Conseil des ministres impute clairement la responsabilité de ce qui se produit au Liban au régime syrien. Dans ce cadre, Mme Moawad, soutenue par les cinq autres ministres, a évoqué la possibilité, très sérieuse, de porter plainte contre la Syrie devant le Conseil de sécurité pour les déstabilisations qui se produisent au Liban. Le Premier ministre, Fouad Siniora, les ministres du Courant du futur et ceux d’Amal et du Hezbollah ont de leur côté préféré attendre les résultats de l’enquête sur les incidents d’hier pour avoir des preuves concrètes sur l’implication de la Syrie. Il reste que Mme Moawad et les cinq autres ministres ont menacé de prendre position par rapport au gouvernement dans les jours qui viennent (après s’être concertés avec leurs partenaires de la majorité), c’est-à-dire de boycotter les séances du Conseil par exemple, au cas où la Syrie ne devait pas être clairement montrée du doigt. Le Conseil s’est contenté pour l’instant d’un compromis dans le communiqué final publié à l’issue de la séance, qui a évoqué le rôle des ingérences « des services de renseignements extérieurs ».

Le complot
Prenant la parole au début de la séance, le président Lahoud a déploré les incidents d’hier, qui évoquent, a-t-il dit, « les mauvais souvenirs de la guerre ». Il a condamné les caricatures danoises, mais aussi le comportement des manifestants d’hier, qui ont donné une bien mauvaise image du Liban-message. « Quel est donc le message que nous avons donné au monde ? Cette situation a porté atteinte au Liban beaucoup plus qu’on ne le croit », a-t-il dit. Le président Lahoud a par ailleurs salué le fait qu’il n’y ait pas eu de réaction du côté des personnes agressées, notant que si quelqu’un avait ouvert le feu, la catastrophe n’aurait pu être évitée. Il a ensuite évoqué le « complot » contre le Liban, qui se poursuit depuis la tentative d’assassinat contre Marwan Hamadé jusqu’à ce jour.
De son côté, Fouad Siniora a indiqué que « ce qui s’est produit a montré que quelqu’un avait planifié de porter atteinte à la sécurité, de se livrer à des actes que nous condamnons fermement tant du point de vue de l’islam que de la nation et qui constituent un danger pour la sécurité du Liban et des Libanais, chrétiens et musulmans ». « Nous sommes tous perdants dans ce qui s’est produit. Cela nous a porté atteinte à tous les niveaux. Même certains parmi ceux qui défendent l’islam et le Prophète ont porté atteinte à tous les musulmans hier et aux Libanais. Ce n’est pas de cette manière, qui a porté atteinte à l’image civilisée du Liban et qui a voulu saper son unité interne, qu’on défend l’islam. Chaque criminel doit être sanctionné, quel qu’en soit le prix. Et tous ceux qui n’ont pas convenablement assumé leurs fonctions doivent également être sanctionnés », a-t-il souligné.
M. Siniora a précisé que le Conseil chérié, dont il a assisté à la réunion avant de participer au Conseil des ministres, avait décidé de se constituer partie civile dans l’affaire des incidents d’Achrafieh. Le Conseil chérié a également décidé d’ôter toute couverture à ceux qui ont planifié, préparé et exécuté cette opération, et, rejetant tout ce qui s’est produit, réaffirme son attachement à l’unité nationale.
Le Premier ministre a enfin rendu hommage à la sagesse de ces figures, ainsi qu’à la patience et au patriotisme des habitants d’Achrafieh. L’État est le seul garant de la protection de la sécurité des citoyens, et les Libanais, à travers leur solidarité, feront échec à tous les appels à une autosécurité quelconque, a-t-il conclu.

Les explications de Sabeh
Puis, c’était au tour du ministre de l’Intérieur Hassan Sabeh de prendre la parole pour souligner que la sécurité ne pouvait pas être fondée sur un compromis, et qu’il était impossible de continuer à politiser la sécurité. M. Sabeh a également indiqué que de nombreuses parties étaient venues de différentes régions pour participer au rassemblement, avant de placer sa démission à disposition du Conseil des ministres.
Et, une demi-heure après le début de la séance, il est sorti pour annoncer avoir présenté sa démission.
« J’ai condamné ce qui s’est passé aujourd’hui (hier), et demandé au gouvernement d’indemniser les habitants innocents. J’ai également évoqué les contacts qui ont été faits hier (samedi) avec les autorités religieuses et certains responsables de la manifestation. Certaines parties ont coopéré avec nous, se retirant même de la manifestation, comme c’est le cas du Hezbollah. Les autres n’ont pas tenu leurs engagements », a-t-il déclaré. Il a ensuite affirmé avoir expliqué au Conseil que « la sécurité ne peut être établie à l’amiable », et que trois piliers sont nécessaires à cet établissement : « L’élément matériel, les équipements, et enfin la décision politique unifiée. » Et de poursuivre : « Malheureusement, et depuis que j’ai pris en charge le ministère de l’Intérieur, la décision politique n’a été à aucun moment unifiée, ce qui a eu des conséquences sur la sécurité (…). Voilà pourquoi je leur ai annoncé que je mets ma démission à la disposition du Premier ministre, avant de demander la permission de quitter la séance et avant de voir si ma démission a été acceptée ou pas. Désormais, je resterai à la maison. » À un journaliste qui lui demandait pourquoi les forces de l’ordre n’étaient pas suffisamment déployées, il a affirmé qu’au contraire, les FSI avaient déployé près de 1 200 soldats, et l’armée près de 1 600. « Mais des personnes étaient venues pour créer un problème dans cette région. Nous n’acceptons pas ce qui s’est produit », a-t-il déclaré, avant de dire : « Nous étions devant deux possibilités. Ou bien nous essayons de repousser les gens, ce que nous avons tenté de faire, ou bien nous utilisons les armes. Et je suis incapable de prendre la décision d’utiliser les armes contre des Libanais. »

Les armes de Syrie
Le Conseil des ministres a ensuite écouté les exposés du directeur des Forces de sécurité intérieure, Achraf Rifi, qui a indiqué que, pour pouvoir reconstituer les FSI, il avait besoin de plus d’unités, de moyens et d’entraînement, puis du commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane. Les deux hommes ont également répondu aux questions des ministres, notamment au sujet de l’identité des casseurs, hier, à Achrafieh, du trafic d’armes et de personnes de Syrie au Liban, des attentats qui ont visé des positions sécuritaires durant les derniers jours et la possibilité que ce genre d’opérations se répète dans les jours qui viennent.
Après avoir procédé à une analyse de la situation, le Conseil des ministres a condamné les atteintes au Prophète parues dans certains journaux norvégiens et danois, puis les actes de vandalisme qui ont visé le consulat du Danemark. « Le mouvement de protestation a ainsi largement débordé de son cadre originel pour porter atteinte à la sécurité, la stabilité et l’unité nationale », a indiqué M. Aridi, dans le communiqué publié à l’issue de la réunion. « Les atteintes contre les biens publics et privés, et les rumeurs qui ont circulé au sujet d’agressions contre les chrétiens et Achrafieh avaient pour but de faire réussir ce que les crimes précédents, qui ont voulu susciter la discorde entre les Libanais, n’ont pu faire », a-t-il dit.
Le Conseil des ministres a rendu hommage aux Libanais en général, aux habitants d’Achrafieh en particulier, et aux leaders politiques et religieux chrétiens, « qui ont été plus grands que la discorde, et qui ont fait grande preuve de sagesse, d’éveil, de rationalité et de patience, se rendant compte qu’il s’agissait d’un complot. Ils se sont retrouvés avec leurs frères musulmans autour des constantes, ce qui a sauvé le pays d’un nouveau projet de discorde ».
Il a par ailleurs appelé à une enquête globale rapide à tous les niveaux pour déterminer toutes les responsabilités, surtout les « responsabilités des services de renseignements étrangers concernant l’identité des personnes interpellées ». Le Conseil des ministres a ensuite applaudi à la décision du Conseil chérié, avant de mettre l’accent sur le fait que le Haut Comité de secours devra dédommager ceux qui ont subi des dégâts. Il a enfin réaffirmé sa volonté de résoudre le problème des armes palestiniennes à l’intérieur et hors des camps.
Il convient enfin de noter que le président Lahoud s’est engagé à résoudre l’affaire des nominations au sein du Conseil supérieur de la magistrature dans les jours qui viennent.
Enfin, Ghazi Aridi a signalé que les arrestations dans les rangs des fauteurs de troubles se sont poursuivies en soirée. 
 

 

 

Source: L’ORIENT LE JOUR