Soirée « Liban, la liberté assassinée » : appels à la mobilisation

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Au cours d’une soirée organisée par Reporters sans frontières et présentée par Christine Ockrent, le 1er février 2006, à l’auditorium du musée d’Orsay à Paris, les familles de Samir Kassir, Gebrane Tuéni et May Chidiac, ainsi des que personnalités françaises et libanaises, ont rendu un vibrant hommage aux deux journalistes libanais assassinés et à la présentatrice grièvement mutilée.

A cette occasion, Nayla Tuéni, fille de Gebrane Tueni, Gisèle Khoury, veuve de Samir Kassir, Micheline Chidiac Baaklini, sœur de May Chidiac, les anciens ministres français Michel Barnier et Bernard Kouchner, Ghassan Salamé, ancien ministre libanais de la Culture, l’écrivain Amin Maalouf et Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, ont livré leurs témoignages sur les journalistes engagés qu’ils étaient et ont appelé l’opinion publique internationale et la France à la mobilisation pour que leurs morts n’aient pas été vaines. Le pianiste franco-libanais Abdel Rahman El Bacha a également offert un récital en mémoire des journalistes.

Christine Okrent a débuté la soirée en rappelant la force des liens d’amitié et de respect entre le Liban et la France.

Nayla Tuéni, journaliste au quotidien An-Nahar, dirigé jusqu’à sa mort par Gebrane Tueni, a déclaré que son « père était l’homme qui a dit tout haut ce que des centaines de milliers de Libanais pensaient tout bas ». Elle a ajouté que les assassins avaient voulu faire taire celui qui avait transmis aux Libanais le message : « Nous, chrétiens, musulmans… unis jusqu’à la mort pour la liberté et la souveraineté de notre Liban ». Ce slogan avait été largement repris lors du printemps de Beyrouth en mars 2005.

Gisèle Khoury, présentatrice sur la chaîne de télévision Al-Arabiya, a qualifié Samir Kassir de « martyr du palais de la parole » rappelant qu’il avait consacré sa vie à relater l’histoire de Beyrouth. Elle a expliqué combien son mari vantait un « Beyrouth moderne et tolérant, une ville éprise de liberté dans un pays qui se veut souverain de toute ingérence extérieure ». Gisèle Khoury a également déclaré « qu’elle attendait beaucoup de l’enquête française sur l’assassinat de son mari ».

Un message de May Chidiac, absente car elle subissait le soir même sa 21e opération depuis septembre 2005, a été lu par sa sœur Micheline Baaklini. Elle a rappelé qu’elle avait été punie pour avoir choisi la liberté comme métier.

Michel Barnier a déclaré avoir été impressionné par ces « deux journalistes qui se sont levés et ont participé au péril de leur vie au réveil de tout un peuple, afin de réclamer une souveraineté légitime et la liberté de leur pays ».

Bernard Kouchner a réitéré sa foi en la justice déclarant que même si cette dernière « était parfois longue, mais elle était tenace » et « que les coupables seront poursuivis et arrêtés ». ?

Ghassan Salamé a également lancé un appel à l’action rappelant que « les deux journalistes ne sont pas morts de balles perdues ; ils ont été clairement identifiés et leur mort est survenue parce qu’ils étaient porteurs d’un message ». Il a ajouté que « les assassinats politiques ne doivent plus être une arme de pouvoir ».

Pour parler de liberté, Amin Maalouf a comparé le Liban à un rosier. « Si vous vous approchez des fleurs, vous risquez de vous lacérer les mains jusqu’au sang. Mais, même si c’est le cas, prenez le temps de caresser les fleurs. » Il a également rappelé que le pays était une synthèse du meilleur et du pire. « Le Liban qui trouvait sa raison d’être dans la mosaïque de ses habitants, la diversité culturelle et la liberté d’expression est entré, avec la guerre, dans une ère de crispation communautaire, de repli sur soi et de destruction de l’autre. » L’écrivain a conclu en affirmant qu’il « fallait faire en sorte que cette ère ne soit que l’épine qui annonce la beauté des fleurs prochaines ».

Robert Ménard a affirmé que « les blessures infligées au Liban ont une portée particulière à cause de l’amitié historique que ce pays entretient avec la France mais également, dans ce cas très précis, à cause du lien très étroit qu’entretenaient Gebrane Tuéni et Samir Kassir avec Reporters sans frontières ».

Source : RSF