La liberté assassinée ou l’hommage de RSF aux journalistes libanais tués au champ d’honneur

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La liberté assassinée ou l’hommage aux journalistes libanais tués au champ d’honneur. C’est en ces termes que l’on peut relater brièvement la soirée organisée hier soir au musée d’Orsay par l’association Reporters sans frontières. Soirée où les mots des parents et amis de Gebran Tuéni, Samir Kassir et May Chidiac étaient ponctués par un magnifique concert d’Abdel Rahman el-Bacha qui a interprété quatre impromptus de Franz Schubert salués par les applaudissements nourris d’une salle comble au premier rang de laquelle se trouvaient M. Saad Hariri, entouré des ambassadeurs du Liban en France et auprès de l’Unesco, respectivement Mmes Sylvie Fadlallah et Samira el-Daher. Au premier rang également les anciens ministres (français et libanais) Michel Barnier, Ghassan Salamé, Bernard Kouchner ainsi que des personnalités libanaises et françaises venues participer à cette soirée du souvenir.
Après le mot d’Alain Ménard, président de RSF, à l’appel de leurs noms, Nayla Tuéni, Gisèle Khoury et Micheline Chidiac Baaklini ont évoqué avec émotion et courage leur père, époux et sœur, victimes des assassins de la liberté.
« Samir a rêvé d’un Liban libre et d’une Syrie démocratique, d’une renaissance arabe et l’a payé de sa vie. » L’épouse de notre confrère tué le 2 juin dernier a rappelé que l’action en justice lancée par la famille du journaliste qui est de nationalité française traîne en longueur puisqu’on attend toujours la venue à Beyrouth du juge antiterroriste, Jean-Louis Bruguière.
Nayla Tuéni a évoqué et repris le célèbre serment de son père et promis de poursuivre la lutte pour que le Liban recouvre pleinement sa liberté et son indépendance. Donnant lecture du message de sa sœur May qui a subi hier même sa 21e opération chirurgicale, Micheline Chidiac a souligné que la journaliste de la LBC se porte candidate à l’élection partielle de Baabda pour mieux servir le Liban.
Après le magnifique intermède musical, Michel Barnier, Bernard Kouchner, Ghassan Salamé et d’autres personnalités présentes ont rendu un vibrant hommage (à la tribune ou aux micros des nombreux représentants des médias) aux journalistes et autres martyrs libanais.
Dans une déclaration à L’Orient-Le Jour, Ghassan Salamé, a remercié RSF avant de rappeler qu’il ne s’agit pas de reporters victimes de balles perdues ou de voitures piégées, mais de martyrs victimes d’attentats ciblés « que nous saluons aujourd’hui, nous autres Libanais pour leur sacrifice sur l’autel de l’indépendance de notre pays », estimant que grâce à RSF, la question libanaise est aujourd’hui internationalisée avec Gebran et Samir comme exemples pour tous les journalistes du monde.
De son côté, Christine Ockrent, la très célèbre journaliste française qui faisait fonction de maître des cérémonies, a déclaré : « Pour nous autres journalistes en France qui avons la chance d’exercer notre métier dans un pays libre avec beaucoup moins de risque, c’est une façon d’honorer tous ceux qui se battent pour la liberté au risque parfois d’y laisser leur vie ou d’y risquer leur vie. » Enfin, M. Bernard Kouchner a déclaré à notre journal : « Cette soirée m’inspire beaucoup d’émotion et un immense respect pour le peuple libanais et pour son sursaut qui ne sera pas vain. Je sais que vous autres Libanais recherchez la vérité, je sais votre impatience de découvrir les coupables afin que la justice internationale puisse les juger et éventuellement les punir. Ce qui s’est passé au Liban était inimaginable il y a quelques années. Ce printemps libanais, je le considère comme étant un printemps arabe et un printemps pour le Moyen-Orient. » « C’est un grand espoir pour toute la région », a conclu l’ancien ministre.
 
PARIS, d’Élie MASBOUNGI