Chirac : Nous attendons de la Syrie un strict respect de la souveraineté libanaise car le temps des ingérences est révolu

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Douste-Blazy rend hommage aux journalistes libanais tombés en se battant pour la liberté
 
 
Dans le sillage du président Jacques Chirac qui avait exprimé son soutien au Liban dans son discours prononcé la veille lors de la cérémonie traditionnelle des vœux au corps diplomatique, M. Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, a lui aussi consacré au Liban un passage lors de la présentation des vœux à la presse, qu’il recevait au Quai d’Orsay.

À l’Élysée, le chef de l’État avait déclaré lundi : « Au Liban, les instigateurs des attentats et les stratèges en déstabilisation doivent savoir que le temps des ingérences et de l’impunité est révolu. Les résolutions des Nations unies doivent être intégralement mises en œuvre et respectées. Nous attendons de la Syrie une pleine coopération aux travaux de la commission d’enquête internationale. Nous attendons également de ce pays un strict respect de la souveraineté libanaise. De son changement de comportement dépend, sans aucun doute, son retour au sein de la communauté des nations. »
Et le président Chirac d’ajouter : « Le Liban sait qu’il peut compter sur le plein appui de la France dans les difficiles réformes intérieures nécessaires à la restructuration d’un pays souverain, indépendant et démocratique. La tenue, à Beyrouth, dès cette année, d’une conférence internationale sur la restructuration du Liban montrera l’engagement de tous et de la communauté internationale à ses côtés. » Et de conclure :
« Au Moyen-Orient comme ailleurs, il n’y a pas de fatalité à l’affrontement ; les peuples de cette région aspirent à des coopérations équilibrées avec le reste du monde, respectant leur histoire et leur identité. »

Sur un autre registre, le chef de la diplomatie française a évoqué devant la presse le souvenir de leurs confrères qui ont payé de leur vie le prix de la liberté d’expression.
« Je souhaite évoquer, a dit M. Douste-Blazy, le souvenir de Samir Kassir, lâchement assassiné le 2 juin à Beyrouth, lui qui était un symbole de la liberté de ton et de l’indépendance de la presse libanaise. C’était un homme libre et il a payé de sa vie cette valeur qui est au cœur de votre engagement et qui est l’honneur de votre profession. Tout comme Gebran Tuéni, frappé lui aussi en décembre dernier, et sans parler de May Chidiac à jamais mutilée. Il est mort (G. Tuéni) au nom d’une exigence : celle du libre accès à l’information. »
Dans ce même discours, le chef du Quai d’Orsay a développé une véritable profession de foi en faveur de la francophonie et de l’enseignement du français à l’étranger, affirmant qu’en dépit des restrictions budgétaires, il s’emploiera à lancer dans les prochains mois un chantier portant sur la construction de plusieurs lycées français dans le monde avec des financements divers. Il a déploré que la francophonie soit en régression dans le monde et a promis de mettre en place une stratégie pour redonner à la langue de Molière la place qu’elle tenait et qu’elle doit tenir dans le monde.
Au plan politique, et indépendamment des déclarations officielles françaises sur le Liban, des observateurs spécialisés en matière de relations franco-arabes et de relations internationales tout court ont souligné lors d’entretiens avec des journalistes arabes que Paris veut sciemment se mettre en avant en matière de fermeté et d’exigence quant à la coopération du régime syrien avec la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de Rafic Hariri. Ces observateurs expliquent cette prise de position en flèche par le désir de montrer que si Washington venait à se laisser amadouer par le président Bachar el-Assad en contrepartie d’une coopération en Irak, le gouvernement français resterait ferme et continuerait à exiger que Damas livre à l’instance judiciaire qui prendra le relais du dossier Hariri les coupables du crime qui qu’ils soient et où qu’ils se trouvent.
Cette fermeté est d’ailleurs soulignée par la marge de manœuvre politique et médiatique laissée par les autorités françaises à M. Abdel Halim Khaddam, désormais chef de l’opposition syrienne, qui, à partir de son lieu de résidence parisien, accorde des interviews en série à des médias arabes et européens en faisant monter d’un cran à chaque fois le ton de ses accusations contre les dirigeants syriens et en visant directement maintenant le président Assad.
Autre temps, autres mœurs, Paris s’était, il est vrai, montré jusqu’ici pointilleux lorsque des dirigeants libanais, syriens ou arabes attaquaient ouvertement le régime de Damas.
On se souvient à cet égard comment le gouvernement français se montrait sévère à l’égard, notamment, du général Aoun lorsqu’il résidait en France.
Pour en revenir à M. Khaddam, on a appris hier qu’il avait quitté (avec son fils Jamal) l’hôtel particulier de l’avenue Foch. « Pour pouvoir célébrer la fête de l’Adha en famille dans un lieu plus discret », ont affirmé des milieux proches de l’ancien n° 2 syrien, alors que des sources diplomatiques arabes affirmaient que M. Khaddam s’est embarqué discrètement à bord d’un avion privé pour une grande capitale arabe du Golfe afin d’y avoir des entretiens avec des dirigeants de ce pays et des personnalités libanaises de premier plan.

 
Paris, d’Élie MASBOUNGI
 

Source: L’ORIENT LE JOUR