La commission d’enquête de l’ONU exige l’audition du président syrien

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La commission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri a demandé à rencontrer le président syrien, Bachar Al-Assad, son ministre des affaires étrangères, Farouk Chareh, ainsi que l’ancien vice-président syrien, Abdel Halim Khaddam, a indiqué, lundi 2 janvier, Nasrat Hassa, porte-parole de la commission. Elle a précisé que cela devrait se faire "le plus tôt possible". Ces demandes d’audition interviennent alors que la Syrie crie à la "haute trahison" après le réquisitoire dressé par Abdel Halim Khaddam contre la politique intérieure et étrangère de son pays, notamment au Liban. Samedi 31 décembre 2005, le Parlement syrien, caisse de résonance des positions officielles, a voté comme un seul homme une motion demandant que des poursuites soient engagées contre l’ancien vice-président pour imposture et "corruption".

 

Dimanche 1er janvier, le parti Baas, au pouvoir, a pris le relais pour annoncer l’expulsion de ses rangs de l’intéressé qui, à l’occasion du Xe congrès du mouvement, en juin, avait démissionné de ses fonctions dirigeantes au sein du parti et de l’Etat.

 

Dans un entretien d’une heure diffusé, vendredi, par la chaîne satellitaire arabe Al-Arabiya, M. Khaddam, tout en laissant à la commission d’enquête internationale le soin d’identifier les auteurs de l’attentat contre Rafic Hariri, a notamment fait état des menaces dont ce dernier avait fait l’objet de la part de responsables syriens, dont le président Bachar Al-Assad. Il a reproché à ce dernier d’avoir promu l’ancien chef des services de renseignement militaires syriens au Liban, Rostom Ghazalé, plutôt que de le sanctionner pour avoir joué les autocrates au pays du Cèdre et y avoir détourné la somme de 35 millions de dollars. Il a également dénoncé les campagnes de diffamation contre Rafic Hariri menées, selon lui, par le président libanais, Emile Lahoud, auprès de la direction syrienne, ce dont ce dernier s’est défendu, dimanche, dans un communiqué.

 

M. Khaddam a par ailleurs critiqué sans ménagement la centralisation outrancière du pouvoir en Syrie entre les mains du président et de son entourage, aux dépens, selon lui, des institutions. Il a stigmatisé la corruption à grande échelle et l’immobilisme économique et politique qui a conduit, a-t-il dit, à la paupérisation des citoyens et maintenu le verrouillage du champ politique, à l’heure où, du fait de la globalisation après la chute de l’Union soviétique, une politique d’ouverture était vitale.

 

Ces accusations valent à présent à l’ancien vice-président, qui, pendant une trentaine d’années, a été l’un des hommes de confiance de feu l’ancien président Hafez Al-Assad, d’être qualifié dans son pays de "falsificateur", de "traître à la nation, à la patrie et au parti". Il a, écrit le parti Baas, "chichement vendu" son âme aux "ennemis" de la Syrie.

 

SOURCE: LE MONDE