Liban: la majorité parlementaire accuse Damas de l’assassinat de Tuéni

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BEYROUTH (AFP) – La majorité parlementaire au Liban a accusé mardi Damas de l’assassinat du député et journaliste antisyrien Gebrane Tuéni et appuyé la demande du gouvernement au Conseil de sécurité de l’Onu pour la création d’un tribunal international sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.

Lundi, le gouvernement avait demandé la création de ce tribunal ainsi qu’une aide de l’Onu pour enquêter sur la série d’assassinats qui ébranlent le Liban depuis un an. Ces demandes n’ont pas été approuvées par les ministres chiites, qui ont suspendu leur participation au cabinet.

"En assassinant Gebrane Tuéni, le régime syrien (…) a repris la guerre contre le Liban", ont jugé les piliers de la coalition antisyrienne dans un communiqué à l’issue d’une réunion au quotidien An-Nahar, dont le directeur général a été tué lundi dans un attentat.

"Le président syrien (Bachar al-Assad) a pavé la voie (à l’assassinat) avec des menaces flagrantes", selon cette coalition, dont l’action avait contribué au départ de l’armée syrienne du Liban en avril.

La majorité parlementaire demande aussi au président de l’Assemblée, Nabih Berri, de convoquer une réunion extraordinaire "pour examiner la situation dangereuse née du maintien du régime sécuritaire" et en particulier du maintien au pouvoir du chef de l’Etat, Emile Lahoud, reconduit dans ses fonctions à la demande de la Syrie.

M. Lahoud réitère depuis des mois sa volonté de rester en fonction malgré les appels à la démission lancés par divers hommes politiques.

Le camp antisyrien a en outre appelé Amal et le Hezbollah, deux partis proches de Damas qui monopolisent la représentation de la communauté chiite, à revenir sur leur décision de suspendre leur participation au gouvernement.

Les cinq ministres chiites ne se sont pas rendus à leurs bureaux mardi, même si le ministre de l’Energie, Mohammad Fneich, membre du Hezbollah, avait souligné qu’"à ce stade il ne s’agit pas d’une démission".

"Il est très possible que nous acceptions par la suite la proposition du tribunal et de l’enquête internationale", avait-il indiqué.

Ces positions en demi-teinte illustrent le malaise du Hezbollah et d’Amal, estime l’ancien président antisyrien Amine Gemayel.

"Le Hezbollah et Amal ont tout intérêt à préserver l’unité du gouvernement et du pays à un moment où leur position sur le plan national et international est inconfortable", selon lui.

Formé le 19 juillet après un scrutin législatif qui a dégagé une majorité antisyrienne, le gouvernement de coalition compte 24 ministres dont cinq chiites agréés par le Hezbollah et Amal.

Les forces antisyriennes ont appelé à une grève générale mercredi et à une participation massive aux funérailles de Gebrane Tuéni.

En soirée, pour le second jour consécutif, des centaines de jeunes étaient rassemblés devant le siège d’An-Nahar et chantaient des hymnes patriotiques en brandissant des drapeaux libanais et des portraits du député assassiné.

"Cette mobilisation vise à faire face à la machine infernale qui tue les Libanais et qui n’a pas été mise hors d’état de nuire. La planification de l’assassinat a eu lieu à Damas et les agents libanais de la Syrie se sont chargés de l’exécution", a affirmé le député Akram Chouhayeb.

La situation est restée tendue mardi et des rassemblements antisyriens ont eu lieu dans plusieurs régions, chrétiennes et musulmanes, du pays. Les écoles et les universités ont fermé leurs portes, la circulation était fluide et de nombreux commerces ont gardé leurs rideaux baissés.

Plusieurs journaux ont accusé la Syrie de l’assassinat, qualifiant Gebrane Tuéni de "nouveau martyr de l’indépendance". "Le régime sécuritaire syrien assassine Gebrane Tuéni", titrait Al-Mostaqbal, propriété de la famille Hariri.

"Gebrane Tuéni n’est pas mort et An-Nahar continue", écrit en une le quotidien libéral à grand tirage.

Entre-temps, Detlev Mehlis, chef de la commission d’enquête de l’Onu sur l’assassinat de Rafic Hariri, a estimé mardi, devant le Conseil de Sécurité qui devait examiner son rapport, que la Syrie ne montrait pas assez d’empressement à coopérer à son enquête.

"C’est après beaucoup d’hésitation et de manoeuvres dilatoires que les autorités syriennes ont finalement accédé à notre demande d’interroger cinq responsables syriens que la commission considère comme suspects, à Vienne, aux conditions de la commission", a-t-il critiqué. "A ce rythme, l’enquête pourrait durer encore un an ou deux", a-t-il ajouté.

 

Source: AFP 13/12/2005 23h02

 

One thought on “Liban: la majorité parlementaire accuse Damas de l’assassinat de Tuéni

  1. il faut ouvrir ts les dossiers y compris ceux de la guerre et des charniers qu on oublie aujourd hui.la loi d amnistie etait une erreur qui conduit aujourd hui les criminels a agir, pensant sans doute etre un jour amnister.quitte a avoir une commission sur le modele sud africain ou l on n oublie pas mais on pardonne, le travail de memoire est a faire afin que ttes les victimes puissent faire enfin leur deuil

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