Portrait : Gebrane Tuéni

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Gebrane Tuéni, assassiné lundi 12 décembre à Beyrouth à l’âge de 48 ans, était le directeur du journal libéral An Nahar. Journaliste engagé et passionné, il était aussi un anti-syrien de la première heure. En mai dernier, il avait été élu pour la première fois député grec-orthodoxe de Beyrouth, sur la liste du Courant du Futur, de Saad Hariri. Ce dernier, fils de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri assassiné le 14 février 2005, a été le grand vainqueur des premières élections législatives après le retrait forcé de l’armée syrienne du Liban fin avril.
Gebrane Tueni s’était justement distingué dans ses interventions lors de la "révolution du Cèdre", qui a suivi la mort de Rafic Hariri. Le 18 mars, il avait galvanisé la foule, rassemblée sur la place de la liberté à Beyrouth à travers un discours très pieux : "Nous jurons par le Dieu tout puissant, musulmans et chrétiens, de rester unis jusqu’à la fin des temps en défense du Liban bien aimé".

Contre la tutelle de Damas

Depuis des années, ses éditoriaux étaient des actes d’accusation contre la politique syrienne. Il répétait inlassablement son credo d’un Liban souverain, débarrassé de la tutelle de Damas.

Fin août, Gebrane Tuéni avait quitté Beyrouth sur les conseils des services de sécurité, alertés par la commission internationale de l’ONU sur l’assassinat de Rafic Hariri de l’existence d’une liste noire de personnalités à abattre.
Depuis Paris, Gebrane Tuéni réclamait la démission du président pro-syrien Emile Lahoud et mettait en garde contre de nouveaux attentats potentiels.
Il était revenu à Beyrouth 24 heures à peine avant son assassinat et avait déjà repris ses activités de parlementaire et de journaliste.
Egalement hostile à la présence armée palestinienne au Liban, Gebrane Tuéni se battait ces derniers mois pour la création d’un tribunal international dans le cadre de l’assassinat de Rafic Hariri.

Famille d’intellectuels et de politiques

Diplômé de l’école d’affaires INSEAD de Fontainebleau (France) et de l’Ecole supérieure de journalisme de Paris, Gebrane Tuéni a été marié deux fois et est père de quatre filles. Sa fille ainée Nayla est journaliste au Nahar.
Sa première épouse est la fille du député Michel Murr et la soeur du ministre de la Défense Elias Murr.
Il est lui-même le fils du journaliste et intellectuel Ghassan Tuéni, plusieurs fois ministre et député, et le petit-fils de Gebrane Tuéni, notable grec-orthodoxe d’Achrafiyé (quartier est de Beyrouth), qui a fondé An-Nahar (Le Jour) en 1932.
Gebrane Tuéni est également le neveu du ministre druze des Télécommunications, Marwan Hamadé, qui a échappé le 1er octobre 2004 à un attentat dont il fait assumer la responsabilité à la Syrie.

 

Source: NOUVELOBS.COM | 12.12.05 | 15:55