Le régime syrien mobilise ses partisans contre le rapport Mehlis

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DAMAS (AFP) – Damas a mobilisé lundi des dizaines de milliers de partisans contre les Etats-Unis et le rapport Mehlis, qui ont mis en cause la Syrie dans l’assassinat du dirigeant libanais Rafic Hariri.

Cette mobilisation organisée par les autorités intervient à la veille d’une réunion cruciale du Conseil de sécurité de l’Onu.

Point de convergence des manifestants, la place des Sept-Lacs, devant la banque centrale, au centre de Damas, était noire de monde en début d’après-midi. De la foule compacte émergeaient des centaines de drapeaux syriens – rouge, blanc, noir – des banderoles dénonçant le rapport Mehlis, ainsi que des portraits du président Bachar al-Assad.

Un rassemblement similaire a été organisé à Alep, deuxième ville de Syrie, où les manifestants ont clamé leur soutien au président Assad, a indiqué la télévision. La manifestation de Damas était l’une des plus importantes organisées par la Syrie ces dernières années. Etudiants, fonctionnaires, ouvriers et lycéens ont convergé vers la place des Sept-Lacs en scandant: "Dieu, la Syrie, Bachar et c’est tout", et "Par notre sang et par notre âme, nous te défendrons Bachar".

Certains brandissaient des pancartes affirmant: "Non au rapport Mehlis, qui est politisé", "Le vice-consul de l’Onu au Liban, c’est Mehlis", le président américain George W."Bush tente d’exploiter (politiquement) le rapport Mehlis au conseil de sécurité" ou encore "les accusations contre la Syrie sont sans fondement". Youssef Abdel Wahed, ingénieur, affirme être descendu dans la rue pour "dénoncer l’agression américano-israélienne" contre la Syrie et "les mensonges" du rapport de la commission d’enquête de l’Onu sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, tué le 14 février à Beyrouth

S’appuyant sur des témoins, ce rapport dirigé par le magistrat allemand Detlev Mehlis et rendu public le 20 octobre, met en cause les responsables des renseignements syriens et libanais, ainsi que des dirigeants de l’entourage du président Bachar el-Assad et le président libanais Emile Lahoud, allié de Damas. Pour Safaa, une fonctionnaire de 25 ans, la manifestation de lundi "exprime l’opposition au rapport Mehlis et à ceux qui veulent porter atteinte à la Syrie".

L’agence officielle syrienne a souligné dans son compte rendu du rassemblement, que "des centaines de milliers de personnes ont exprimé dans les rues de Damas leur soutien aux positions de la Syrie et ont protesté contre les accusations injustes contenues dans le rapport" Mehlis. Damas a rejeté le rapport Mehlis, selon lequel il existe des "preuves convergentes" montrant l’implication de responsables libanais et syriens dans l’"acte terroriste" qui a coûté la vie à Hariri.

Une partie des manifestants s’est dirigée vers le siège de l’Onu à Mazzeh, à l’ouest de Damas, pour protester contre le rapport, déjà dénoncé avec virulence par la plus haute instance politique en Syrie, le Front national progressiste (FNP). Le FNP, qui regroupe le parti Bass (au pouvoir) et plusieurs partis alliés, a mis en cause les témoins cités par Mehlis comme "manquant totalement de crédibilité (…) et connues pour leur hostilité à la Syrie". Plusieurs responsables libanais, dont le ministre Marwan Hamadé et le chef druze Walid Joumblatt, cités dans le rapport, ont fait état de menaces syriennes directes contre Rafic Hariri.

Le président Assad a envoyé des émissaires dans divers pays pour défendre le point de vue syrien. Il a adressé des lettres aux pays membres du Conseil de sécurité, a indiqué la télévision, sans dévoiler la teneur de ces lettres. Damas a accepté de coopérer avec la commission Mehlis, mais le conseiller juridique du ministère syrien des Affaires étrangères Riad Daoudi a déclaré samedi que son pays se réservait de "voir dans quel cadre et dans quelles limites". "C’est un rapport très sérieux auquel le monde doit donner les suites qui s’imposent", avait déclaré vendredi le président Bush.