La guerre au Liban, j’avais 11 ans

Le 13 avril 1975 éclate la guerre du Liban. Kinda Marie Elias a alors 11 ans. A l’adolescence, elle a vécu cette guerre dans sa chair en tant que secouriste engagée dans une milice. Les scènes d’horreur et la folie meurtrière engendrée par le communautarisme l’ont marquée à vie. Elle les décrit avec justesse. Au nom des 150 000 morts, des 30 000 disparus et de tous les handicapés, déplacés, prisonniers oubliés, elle demande des comptes.

Ce récit est un témoignage poignant de cette guerre dont elle ne s’explique toujours pas les causes. C’est aussi un plaidoyer pour la réconciliation communautaire. Elle réclame le droit à la sanction et incite à la conscience le monde politique libanais pour que ses futurs dirigeants soient compétents et honnêtes.

L’optimisme est de mise en ce qui concerne l’avenir du pays, car elle croit en la force de changement de la jeunesse qui a su faire ses preuves à chaque tournant de l’histoire du Liban. La remise en place de la statue des Martyrs à Beyrouth, autour de laquelle se retrouve toute la population libanaise, annonce que la réconciliation est en bonne voie. Cependant l’auteur voudrait que la jeunesse réalise le poids qu’elle peut représenter dans la balance du pouvoir au Liban.

Née en 1963, Kinda-Marie Elias a fait des études de sciences politiques, de journalisme et de communication. Elle a exercé le métier de journaliste, de 1985 à 2000. Elle est installée en France depuis 1990. Elle est à l’origine de " Asdaa’ A l’écoute du Liban ", une lettre d’information sur le Liban et les Libanais de la diaspora, de 1993 à 2000. Depuis 1999, elle est secrétaire générale adjointe de la Chambre de Commerce franco-libanaise.

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Dossier de presse:
An Nahar (premier quotidien en langue arabe). Article de Zeinab ASSAF paru le 15 avril 2005 – traduit de l’arabe :

LA CONTRITION ALLEGE LA CULPABILITE MAIS N’ANNULE PAS LA RESPONSABILITE

Kinda Marie ELIAS a signé son livre sur la guerre :
"J’ai vomi ce livre" dit Kinda Marie Elias, respnsable de la communication audiovisuelle pendant le mandat du gouvernement du Général Michel Aoun. Elias est libanaise. Elle a vécu la guerre et ses atrocités. Elle a décidé de s’en débarrasser ainsi que l’ont fait de nombreux écrivains, en l’enterrant entre les deux couvertures d’un livre.

"La guerre au Liban, j’avais 11 ans" est le titre de son ouvrage, récit ou plutôt témoignage qu’elle a voulu pour une guerre aux causes multiples ainsi qu’une incitation à exiger des comptes de la part des futurs hommes politiques libanais.

En marge de la signature de son ouvrage à la librairie al Bourj hier, le quotidien An Nahar l’a rencontrée juste avant son départ pour Paris.

L’idée lui est venue suite à un dîner où ses amis avaient souligné le fait que le 13 avril 2005, 30 ans seront passés depuis la guerre du Liban. Elias déclare : "je me suis attelée à mon ordinateur juste après le départ de mes amis. J’ai vécu les deux tiers de ma vie pendant la guerre, je dois absolument raconter mon histoire". Une histoire racontée de près, qui commence par "va enlever ton treillis" et se termine par "je veux savoir, j’ai besoin de comprendre, j’exige des comptes".

150 000 martyrs, 30 000 disparus. Elle se demande comment l’homme peut devenir criminel du jour au lendemain et exige "l’histoire" au nom de tous les morts, disparus, handicapés, prisonniers, oubliés…

Quoi de neuf alors ? N’avons-nous pas assez des écritures sur la guerre ?
"Je ne tiens pas à rouvrir de vieux dossiers. Je n’ai pas de temps pour cela" répond-elle avec émotion. Puis elle ajoute : "le but est de demander aux jeunes de ne plus permettre à personne de disposer de leur devenir. S’ils veulent déléguer un quelconque responsable, ils doivent lui demander des comptes. A partir de maintenant, nous exigeons des comptes, nous devons apprendre du passé. Chaque citoyen libanais a été responsable. Les Libanais se partageaient en deux catégories : responsables et criminels. Responsables pour n’avoir pas pu empêcher les excès et les crimes perpétrés. Ils ont fermé l’œil pour mille et une raisons. La contrition allège la faute mais n’annule pas la responsabilité."

Elias a refusé la probabilité du retour à la guerre. "Elle ne pourra reprendre. Il n’y a plus d’argent. La génération d’aujourd’hui n’en veut pas. La génération de la guerre n’en veut plus non plus. Ceux qui misent dessus sont dans l’erreur. La génération d’avant guerre n’était pas habitée par la haine mais par la peur, la peur de l’autre. La peur entraîne le manque de sang froid. Quand nous sommes confrontés à des tirs, nous ne réfléchissons pas beaucoup. Les Libanais ne sont pas rancuniers. Ceux qui manipulaient les ficelles de la guerre sont ceux qui étaient habités par la haine."

Elle raconte son expérience à l’école Notre Dame de Jamhour où elle a acquis les bases des autres religions et où elle a été à la rencontre des autres confessions et de leurs valeurs respectives. Dans ce cadre, elle apprécie la proposition de l’ancien ministre de l’Education qui voulait enseigner l’histoire des religions dans les collèges et lycées.

Elias conclut en souriant : "vous êtes journaliste. Dites-vous toujours la vérité ?". Je réponds "j’essaie". Elle me donne un conseil, elle qui a été à la même école "quand vous ne pouvez pas dire la vérité, il vaut mieux ne rien dire du tout."

L’Orient le Jour ( Premier quotidien en langue française au Moyen Orient.) Article de Maya GHANDOUR 14 avril 2005 :

GUERRES ET CONFESSIONS

Vient de paraître – " La guerre au Liban, j’avais 11 ans ", de Kinda Marie Élias

Le 13 avril 1975, Kinda Marie Élias avait 11 ans. Comme la grande majorité de la génération de la guerre, elle a perdu ce jour-là ses premiers repères. Voir ses parents dans un tel état d’inquiétude, les nerfs rongés par l’angoisse, cela chamboule en effet pas mal l’esprit. Trente ans après, la journaliste n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les événements ont pris ce tournant dramatique. Elle ne saisit pas non plus pourquoi, trois décennies plus tard, personne n’est capable d’en tirer des leçons. Elle prend donc la plume pour rédiger ces fragments de mémoire, ces mini-confessions non apologétiques pour "revivre par écrit " ce qu’elle a " exécré ou adoré". La guerre au Liban, j’avais 11 ans, ou les années de combat considérées comme étant passées au service du Liban. Car Kinda Élias n’est pas restée cloîtrée dans sa peur. Son "ounfouéne" l’a poussée à devenir d’abord membre de la jeunesse des Kataëb puis des Forces libanaises, dans le cadre des Nizamiyet, le corps féminin des FL fondé et dirigé par Jocelyne Khoueiry, et, finalement, une ardente supporter du général Michel Aoun. On suit la militante – tant bien que mal, les événements et les réflexions s’enchevêtrant de manière chaotique, mais c’est bien cela la spontanéité de l’écriture – d’un camp d’entraînement à la Bekaa Ouest, à Beiteddine où elle a entraîné une centaine de jeunes filles aux arts militaires, en passant par le palais de Baabda où elle a assisté le sit-in des "libérateurs", pour finir à Paris où elle s’est exilée après le départ du général. Militante engagée, Élias n’en est pas moins révoltée par les "débordements commis par les commandements et par les excès des petits chefs sur le terrain". Elle dénonce les luttes intestines, les conflits d’intérêt, les "intifadas", la suprématie de l’ego sur la cause nationale. En tant que jeune Libanaise qui "remplit son devoir de citoyenne jusqu’au bout", elle exige des comptes de la part des responsables. Elle les invite à un examen de conscience. Elle veut aussi savoir ce que préparent les leaders pour l’avenir de leur pays. "Les trois quarts de ma vie sont passés depuis cette date fatidique où nos rêves ont volé en éclats". Verra-t-elle un jour ces proportions inversées ?

CONFERENCE DONNEE A L’UNIVERSITE SAINT JOSEPH LE 12 AVRIL 2005 :

Abdo Kahi, sociologue, chercheur, professeur d’université, ancien directeur général du Centre d’Etudes et de Recherches pour les Chrétiens d’Orient.

Hommage à Kinda Marie Elias pour son livre " La Guerre Au Liban, j’avais 11 ans ".

– La guerre au Liban, il y a trente ans, Kinda avait onze ans, moi, j’avais trente ans.
– La guerre a arrêté son enfance.
– La guerre a enterré mes espoirs de jeunesse.
– La guerre a déstabilisé son identité, alors qu’elle était passionnée par son appartenance à " Loubnan in haka " de Saïd Akl.
– La guerre a perturbé mon engagement, à la quête d’une société, alors que je m’employais avec Mgr Grégoire Haddad à faire réunir les Libanais, non pas à partir de ce qu’ils sont, mais à partir de ce qu’ils apprennent à faire ensemble.

Kinda avait onze ans, j’avais trente ans. Kinda rêvait de fierté, j’aspirais à la rencontre humaine. Kinda a combattu pour retrouver le sens de sa vie en défendant son identité. J’ai combattu pour rechercher le sens de mon existence en requestionnant mon identité, à partir de ce qu’elle peut devenir sur le chemin de la rencontre avec ceux qui la dérangent.

Trente ans après, selon l’affirmation faite à la page 13, Kinda n’arrive pas encore à comprendre pourquoi la guerre a eu lieu.

Trente ans après, je n’arrive pas, comme elle, à savoir pourquoi cette maudite guerre n’arrête pas de guetter les Libanais.

Trente ans après, Kinda n’arrête pas de souffrir, même en voulant pardonner.

" Trente ans après, je n’arrête pas d’écouter les souffrances des Libanais, et de tenter de rechercher des solutions à leurs problèmes et difficultés, mais sans rien pouvoir leur accorder de mes promesses de société. "

" Je suis sûre ", proclame Kinda, à la page 44 que " beaucoup de jeunes engagés dans la guerre étaient aussi révoltés que moi par les débordements commis par leurs commandements respectifs et par les excès des petits chefs sur le terrain.

" J’ai toujours été aussi déçu qu’elle, par tous les chefs que j’ai eu l’occasion de fréquenter, dans les milices ainsi que dans les gouvernements et les hauts lieux de la commande politique, et Dieu seul sait le nombre de fois que j’ai été appelé à leur donner des conseils ou à leur faire état des résultats de mes recherches.

J’ai, comme elle, toujours été déçu par leurs petits calculs, au dépens de leur engagement vis à vis des gens qui ont eu confiance en eux, et qui attendaient d’eux de les porter vers le chemin de leur rencontre, en les guidant vers la place de la société, la société libanaise, tellement rêvée et attendue dans l’inconscience de chacun.

Kinda s’exclame à la page 46 en disant que, malgré tout, surtout dans le différend entre Michel Aoun et les Forces Libanaises, " le peuple libanais ne méritait pas d’être lâché dans la fosse des lions, après avoir tant sacrifié pour les seigneurs de la guerre.

" J’ai tant averti les responsables libanais sur le problème du leadership au Liban, dans mes recherches faites tout au long du projet d’étude sur la Génération de la Relève, projet mené par le Bureau Pédagogique des Saints Coeurs, sous la direction de mon ami Antoine Messara, soeur Louise Marie Chidiac et moi-même, entre 1987 et 1994.

J’ai tant averti, surtout dans l’étude faite par le CEDROC, (Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Orient Chrétien), que j’ai eu l’occasion de diriger à l’époque du gouvernement du Général Michel Aoun, sur les attentes des jeunes en matière de leadership, en pointant du doigt le fait qu’ils recherchaient un leader charismatique, qui puisse leur inspirer confiance dans leur sens national. Mais les circonstances ont voulu que le Général Aoun, qui avait incarné pour eux cet espoir, finisse par leur donner l’impression de fosse à lion dont parle Kinda. Puisse l’avenir leur réserver un nouvel espoir ! Mais à quel prix ?

Kinda se trahit dans ses allégeances par rapport à son groupe communautaire, en se découvrant dans sa personnalité sociétale libanaise, lors de cet événement crucial de sa vie, qu’elle nous dévoile à la page 55. Il s’agit de l’histoire d’un cheikh Druze qu’elle a sauvé des griffes des " chabebs des Forces Libanaises " alors qu’ils l’accompagnaient dans une randonnée de secourisme. Elle dit : " Voyant mon embarras…, le cheikh me tend sa carte de visite et son mouchoir brodé à ses initiales. Il me remercie pour ce que j’ai fait et me demande de garder précieusement sur moi ces deux objets, en cas de danger. Si un jour j’étais kidnappé ou arrêté par des éléments du PSP, cela devrait me servir de sauf conduit.

" Je me suis toujours trahi par rapport à mes allégeances confessionnelles, et c’est à travers cette trahison, perpétrée tout au long de mes recherches, et dans tous les parcours de ma vie active, que j’ai pu comprendre ce que c’est qu’une société, et ce que serait l’exemple de la société libanaise, par rapport à l’idée d’une nation libanaise, qui risque de ramener les Libanais vers les lieux chauds de leur appartenance première.

Pendant toute ma vie, j’ai été gratifié par le regard de l’autre, l’étranger, en le sollicitant dans son étrangeté, et j’ai été mal compris par mon environnement familial, mes proches, mes voisins et mes corréligionnaires.

Ne serait-ce pas là le coût à payer pour construire une société, en général, et la société libanaise en particulier ?

Kinda s’adresse aujourd’hui à tous les Libanais et surtout aux jeunes, à la page 141, en les appelant à accepter l’idée que " l’autre a de quoi nous enrichir "… Il a aussi le droit à l’erreur… Il a le droit à notre pardon. Car, affirme-t-elle avec prestance, à ce même passage de son livre : " pardonner équivaut également à baser sa relation à l’autre sur une compréhension mutuelle et un échange permanent, loin de toute rancune et de tout ressentiment.

" Je m’adresse pareillement à tous ceux qui cherchent à rebâtir la citoyenneté sur le dialogue entre les différents, dans mon livre : le regard dialogue du sujet, page 74, en disant : Que serait la valeur de l’écoute entre les différents, si ces derniers n’avaient rien à apprendre de la vie que ce qu’ils ont déjà appris, et si la thèse de chacun d’eux ne poussait pas, l’un comme l’autre, à la réflexion et à la critique de leurs savoirs établis sur eux-mêmes et sur le monde ?

Kinda avait onze ans, moi j’avais trente ans, au début de la guerre du Liban. Kinda a trente ans de plus aujourd’hui, moi je me suis vu doubler mes années de vie.

Je la rencontrais dans les périples de ma vie, surtout à l’époque où j’étais très proche de sa mère Lina, cette grande Dame qui a aimé le Liban, son mari et ses enfants plus que tout autre chose, et que j’ai aimé comme une mère, comme une sœur et comme un compagnon dans ma recherche de sens.

Je connaissais Kinda courageuse, téméraire, aimante jusqu’au don total de soi, engagée jusqu’à la limite du sens. Je la découvre, aujourd’hui, écrivain, mariant ensemble l’art de rapporter à celui d’écrire pour dire ce qu’elle pense, pour annoncer un message et pour enrichir celui qui la lit sur la recherche de sens, et tout cela dans un habillage littéraire à défier les écrivains rompus à leur art d’écrire.

Lisez le livre de Kinda, vous vous y retrouverez comme je m’y suis retrouvé, vous vous enrichirez dans votre recherche de sens comme je m’y suis enrichi, et vous vous y plairez aussi, et par-dessus tout, comme je m’y suis plu.

* Sociologue, chercheur, professeur d’université, ancien directeur général du Centre d’Etudes et de Recherches pour les Chrétiens d’Orient.

One thought on “La guerre au Liban, j’avais 11 ans

  1. salut tu et une fille ki ma l’aire de bouger beaucoup et c adorable et ton blog et trés bien passe voire mon blog et laisse tes com bisou a bientot

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